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Dans l’épisode précédent :
Temple de Sounion : Bàlint comprend que ce n’est pas
Gàbor qui se trouve devant lui, mais bel et bien Sylvénius. Il parvient
à se soustraire provisoirement à sa menace, au prix d’un pénible
affrontement.
Athènes : Jabu parvient à échapper à Nikkos, venue le
traquer jusque dans sa chambre d’hôpital. Canon et Thétis arrivent sur
les lieux, mais trop tard ; Nikkos s’est déjà volatilisée.
Japon, Ordre d’Ermengardis : Aphro décide de mener sa
propre enquête sur le comportement étrange d’Angelo, et entreprend de
récupérer les vidéos de surveillance des couloirs. Il se remémore par la
même occasion son passé, et une certaine conversation qu’il avait eue
avec Angelo, devenu Masque de Mort.
France, Lyon : Mu et Will découvrent que la Milice Noire
est en faite une armée dissidente de l’Ordre…
Venise : …Dires confirmés à Visconti par Lùitgard
lui-même. De son côté, James met à jour le passé de Ambre, qui n’est pas
aussi net qu’il le pensait. Il est alors interrompu par un étrange
visiteur….
**************************************
Italie, Venise, 4 juin 2004,
16h35 (June 4, 2004, 2 :35 PM, GMT +2 :00)
Visconti pouvait garder son
calme très longtemps, ce qui faisait de lui un homme d’affaires
redoutable et un chancelier hors-pair en temps de crise. Mais les
évènements heurtés des derniers jours avaient en quelque sorte émoussé
cette qualité. Et l’assurance quelque peu effrayante de Lùitgard n’y
aidait en rien.
– Je ne suis pas venu ici pour
jouer aux devinettes, Lùitgard... Je suis ici pour obtenir des réponses
à mes questions... Et d’ailleurs, je doute que vous ne possédiez qu’un
infime fragment de celles-ci… !
Un léger rire s’échappa des
lèvres du vampire.
– Connaissez-vous l’étendue
réelle des pouvoirs des Généraux de Marius, Signore Visconti ?
Grèce,
4 juin 2004, 17h35 (June 4, 2004, 2 :35 PM, GMT +3 :00)
Sous le Temple Sounion…
Aldébaran et Aiolia pressèrent le pas, voyant que Darius
se tenait au milieu de la galerie, les bras croisés sur la poitrine,
faisant les cent pas nerveusement.
– Ah ! Darius... nous avons été un peu longs… Des
portions entières de l’escalier manquaient, nous avons du faire de la
haute voltige… avertit Aiolia, une expression boudeuse sur ses lèvres.
Il avait précautionneusement éviter d’utiliser les mots « excuses » ou
tout synonyme, leur nouvel allié ne lui plaisant définitivement pas...
Darius se retourna sur eux d’un mouvement sec, envoyant
voltiger sa longue cape autour de lui.
– Là n’est pas la question… Nous sommes en retard sur
l’ennemi…Il tient déjà Bàlint en son pouvoir…
– Qu’est ce donc que ce nouveau délire !? s’écria
Aldébaran. Comment en es-tu sûr tout en n’ayant pas bougé d’ici?
– Hum ! Je me doutais que vous ne l’aviez pas senti…
Depuis quelques minutes, une puissante énergie a investi cette grotte…
Une énergie noire, appartenant à un être animé d’intentions toutes aussi
sombres… Mais il faut avoir des pouvoirs pour le ressentir…
L’espion leva son visage métallique vers la voûte de la
grotte, et resta silencieux pendant quelques secondes.
– Darius, que se passe-t-il ? Demanda Aiolia,
soudainement inquiet du comportement pour le moins étrange de leur guide
forcé. ‘Et si c’était le signe qu’il est sur le point de nous
trahir ?’ Songea l’ancien chevalier du Lion. ‘Ou alors, il nous
dit effectivement la vérité, et nous allons nous retrouver face à de
gros problèmes plus tôt que prévu !’
Ses réflexions continuèrent de s’éparpiller dans
plusieurs directions, jusqu’à ce que Darius ne s’arrachât à sa
contemplation et ne fixât les orbes argent de son masque sur Aiolia et
Aldébaran.
– Je sais où le sorcier est en train de sévir… Je dois
m’y rendre et l’arrêter !
– Euh, quoi ? Demanda Aldébaran, clignant des yeux de
surprise. Et nous dans tout cela ? Je commence à en avoir assez de ce
comportement totalement …
– Je ne peux vous attendre ! Coupa Darius. Suivez la
piste que je vous laisse et essayez de me rejoindre le plus vite
possible !
Sans que ni Aiolia ni Aldébaran n’ait le temps de
réagir, Darius s’était comme évaporé dans les airs. Les deux hommes
restèrent immobiles, se regardant avec une surprise non feinte. Ce
n’était pourtant pas la première fois qu’ils voyaient un tel phénomène.
La seconde précédente, la personne se trouve devant vous, la seconde
suivante, elle n’est plus là, rendant le vide créé encore plus
surprenant.
– Aiolia, il s’est… Téléporté… Murmura Aldébaran, le
regard s’illuminant d’une lueur jusque là absente.
– Oui, je pense la même chose que toi… Cela ne peut être
que lui !
Non loin de
là...
Etait-ce son état de faiblesse qui lui donnait des
hallucinations, ou le tunnel n’avait-il plus de fin ? Bàlint se
rappelait pourtant qu’il ne s’était pas engagé si profondément dans les
abysses rocheux, et pourtant, en courant, il n’avait pas encore atteint
la sortie. Un hurlement qui n’avait rien d’humain le fit se retourner.
Sylvenius était invisible à ses yeux, mais sa présence menaçante était
tout à fait palpable. Un second cri, plus comparable aux paroles d’un
sort lui parvint, suivi d’une onde de choc qui l’envoya voler en
arrière. Bàlint se retrouva allongé sur le sol caillouteux, son dos
ayant fait contact brutalement avec le sol. Il prit à peine le temps de
grimacer sous le coup, et se remit sur ses jambes en hâte, agrippant
l’épée qu’il avait laissée échapper.
Ishara crut qu’elle allait s’exclamer de joie
lorsqu’elle vit Bàlint courir vers la sortie de la grotte. Elle s’élança
elle aussi dans la même
direction, mais s’arrêta bien vite lorsqu’elle s’aperçut que son
compagnon d’infortune s’immobilisait sur le seuil, brandissant d’un air
interdit une épée. Derrière lui, se dressait une longue silhouette
noire, entourée d’une aura qu’Ishara n’eut aucun mal à reconnaître…
Le décor qu’il découvrit le cloua littéralement sur
place, mais la peur le fit réagir et il se glissa promptement derrière
un gros rocher. Deux soleils blancs resplendissaient dans un ciel
rougeoyant, s’accordant avec le noir et l’ocre roux de la vallée qui
descendait à pic à ses pieds
« Ne craint rien Bàlint, tu n’as rien à redouter de
ce que tu vois… »
La voix de Sylvénius semblait parvenir de nulle part
et de partout à la fois. Bàlint tourna la tête de tous les côtés, mais
le sorcier restait invisible.
– Montre-toi Sylvenius ! Ne
crois-pas que tu vas m’effrayer avec une simple vision de l’enfer !
Hurla-t’il, plus pour se rassurer que vraiment impressionner son
poursuivant.
« Ce n’est pas l’enfer que je te montre là… Mais la
dimension d’où je viens ! Regarde… »
Bàlint sentit un désagréable frisson lui parcourir
l’échine, mais se soumit aux paroles de Sylvénius. Il se détacha de
l’ombre du rocher, et marcha avec prudence jusqu’au bord de la falaise,
les yeux rivés sur les deux disques solaires. Loin dans l’horizon, trois
gigantesques tornades perturbaient le rouge du ciel, faisant voler à des
hauteurs vertigineuses les éléments arrachés à la terre brune. Plus
près, dans la vallée encaissée, Bàlint discerna une rivière, coulant
d’un étonnant turquoise, si contrasté par rapport à la couleur du sol.
Il y avait des arbres également, constituant une forêt, emprisonnant
l’eau vive d’un vert sombre et inquiétant
– Mais où suis-je ?
Murmura-t-il
« Kharna, le royaume d’où je viens ! »
– Mais que lui as-tu fait, maudit sorcier ! Se lamenta
Ishara. Ses deux mains étaient cramponnées aux bras du Magyar, qu’elle
secouait, sans aucun véritable résultat. Bàlint se tenait toujours
immobile, ses yeux d’habitude si expressifs désormais dépourvus de toute
vie.
A sa plus grande exaspération, Sylvénius se contenta
d’un léger rire, puis allongea le bras. La Babylonienne tomba à genoux
sous la violence de la gifle que la main décharnée du sorcier venait de
lui infliger.
– Rien… Je l’ai juste plongé dans une illusion pour
qu’il me révèle ce que je veux savoir… Dommage que cela détruise
également ses facultés mentales.
Le visage d’Ishara changea de l’inquiétude à la plus
totale horreur. Ses mains se crispèrent sur le tissu du bas de la
tunique de Bàlint, et elle recommença à le secouer du mieux qu’elle
pouvait.
– Bàlint ! Réveille-toi… Je t’en prie !
Une voix résonnait dans sa tête… Elle appelait son
nom, et lui était familière… Bàlint présuma brièvement que le sorcier le
manipulait et qu’il se trouvait toujours dans la grotte, son ennemi à
quelques mètres de lui. Doucement la voix mourut, remplacée par le ton
monocorde de Sylvénius, puis par une clameur qui parut connue à Bàlint,
et lui fit couper court à ses réflexions. Se penchant dans le vide, il
s’aperçut que des formes humaines se mouvaient entre les arbres.
Concentrant ses sens de l’ouïe et de la vue, il parvint à discerner la
rumeur produite par les lourds pas d’hommes en armure, les cliquetis
d’armes s’entrechoquant, les hurlements de guerriers chargeant
aveuglément l’ennemi.
– Une guerre ?
« … Comme il en existe perpétuellement sur Kharna ! »
Répondit la voix.
Le conflit s’étirait en lisière de forêts, et
certains combattants se livraient bataille dans ce qui était un désert.
Bàlint n’eut aucun mal à reconnaître les corps grisâtres, d’apparence
faussement humaine, surmontés d’une tête rappelant celle d’une
chauve-souris. Une paire d’ailes membraneuses crevait leur dos cuirassé
avec disgrâce, évoquant également le Chiroptère. Bàlint put s’assurer de
l’efficacité de ces appendices lorsque l’un des combattants les déploya
en poussant un cri primaire, utilisa l’une des ailes comme une épée, et
perfora la cage thoracique de son adversaire.
– Qui sont ces monstres ?
Frissonna-t-il.
« Mon peuple, mes semblables… Et tes ancêtres… »
– Non ! C’est impossible !
Bàlint ne put réprimer un frémissement de dégoût à
l’idée évoquée.
« J’étais pris dans une embuscade, et ai utilisé les
Pierres du Clan de Cyphar pour me téléporter en sécurité. Mais pour une
raison que j’ignore, les pierres ont ouvert un accès à cette dimension.
Je me suis retrouvé errant dans le désert, désorienté, mais ai vite
compris que l’attraction de cette planète avait eu un effet inattendu
sur moi, celui de me donner des pouvoirs que je n’aurais jamais songé
posséder… Je pouvais me déplacer dans les airs, apparaître et
disparaître à volonté, projeter des objets par la seule pensée. Seule ma
soif dans le liquide vital appelé ici-bas « sang » n’avait pas changé.
Mes pas me conduisirent rapidement à un Seigneur de
Guerre qui se présenta sous le nom de « Dieu Arès ». Brutal et assoiffé
de conquêtes, il fut rapidement impressionné par mes pouvoirs et accepta
de me prendre sous sa protection et de m’aider à rouvrir les portes de
mon royaume d’origine, en l’échange de mes talents guerriers sur les
champs de bataille.
Durant des années, je pourfendis ses ennemis, tout
ceux qu’il désirait occire, et en fus grandement récompensé… Jusqu’à ce
que mon chemin me fasse croiser Marius… »
– Cela suffit, cette histoire est totalement inepte !
Hurla Bàlint.
« Et pourtant, elle constitue la vérité… Marius était
comme moi séparé de notre armée lorsque nous trouvâmes refuge dans une
grotte. J’étais blessé, et lui, fermement décidé à survivre à cette
bataille et au manque de vivres. Nous cohabitâmes de notre mieux, nous
sachant tous deux traqués. Mais sa fureur et sa cupidité se révélèrent
au grand jour lorsqu’il comprit que je n’étais en rien un humain comme
lui. Profitant d’un moment de repos, il but mon sang, et me laissa
exsangue. Lorsque après plusieurs jours je parvins à recouvrir quelques
forces, et à quitter ma tanière pour retourner à la civilisation des
hommes, je découvris qu’Arès et son armée entière avaient été défaits
par les soi-disant fidèles d’Athéna, et que Marius, ayant absorbé une
partie de mes pouvoirs, avait commencé ses méfaits. Je décidai donc de
le traquer. Non pas que le sort de ses victimes m’importât… Mais ce
traître m’avait volé mes précieuses pierres, et je devais les récupérer
pour espérer rouvrir le passage vers mon monde. »
La voix fit une pause, laissant Bàlint contempler
d’un regard vide la rivière se teinter de rouge.
« Bien des siècles plus tard, j’appris que Marius
avait réparti chacune des pierres entre ses généraux, et décidai de les
récupérer…C’est ainsi que j’ai fait en sorte de vous attirer dans mon
palais, usant de Gàbor et de toi-même…C’était sans compter Marius, qui
finit par me retrouver et me vaincre une seconde fois… »
– Pourquoi vouloir récupérer
ces pierres ? Pour rouvrir le passage et revenir au royaume de Kharna ?
Demanda Bàlint d’une voix lointaine. En contre-bas, l’un des clans avait
pris le dessus, et les prisonniers étaient exécutés sans pitié.
« Non, pour ouvrir les portes de Kharna sur ce monde
et laisser mon peuple le conquérir… »
Japon,
Quartier Général d’Ermengardis, 4 juin 2004, 23h40 (June 4, 2004, 2 :40
PM, GMT +9 :00)
Salle de surveillance de l’Ordre
Penché sur l’écran, Aphro scrutait avec attention chaque
séquence, et sentit son cœur bondir dans sa poitrine lorsqu’une forme
spectrale – diffuse certes, mais visible – jaillit le long du mur,
visant son cou.
– Je crois que nous avons vraiment un problème ici…
Murmura-t’il, encore sous le choc de ce qu’il venait voir.
Aphro se retourna, et vérifia que les deux gardes
restaient absorbés dans leur tache de surveillance. Il sortit une clé
USB de sa poche et la brancha au port correspondant sur l’ordinateur de
contrôle. « Cela a une chance sur deux de marcher... Je suis prêt à
parier qu’il y a une sécurité qui va m’empêcher de télécharger les
fichiers… » Se dit Aphro, se souvenant vaguement de l’un des
souvenirs de Garn, mettant en scène ses déboires avec l’informatique de
sa banque. Il se retourna de nouveau, mais les deux gardes ne s’étaient
pas détournés de leur observation. Fixant l’écran, il entreprit de
compter les kilo-octets qui défilaient lentement, et se mit à taper du
pied nerveusement. Au bout de longues minutes, l’écran retrouva son
aspect ordinaire, vierge de toute fenêtre de copie. Aphrodite détacha sa
clé d’une main rendue tremblante par la nervosité et la fourra dans sa
poche. Il soupira, essuyant son front en sueur.
– J’ai terminé ! Déclara-t’il à l’attention des deux
gardes. Et malheureusement, je n’ai rien trouvé !
Les deux surveillants le regardèrent, visiblement
soulagés de le voir se diriger vers la porte dans le but évident de
sortir.
« Bon, restons crédible jusqu’au bout. »
Se morigéna-t’il.
– Mais je vous remercie pour votre aide !
Aphro esquissa un sensuel clin d’œil, incitant les deux
hommes de garde à tourner la tête vers leur console.
La porte claqua derrière lui d’un bruit sec, témoin de
la tension qui l’habitait toujours. Aphro glissa de nouveau la main dans
sa poche.
– Et maintenant, je n’ai plus qu’à montrer cela à Saga
et à Milo !
Il n’y avait aucune satisfaction dans sa voix ; ce qu’il
venait de découvrir était bien trop grave pour cela.
Salem voyait parfaitement l’objet noir et long qu’Aphro
tenait dans la paume de sa main.
– Alors Aphrodite, on joue encore aux espions en
herbe... ? Cela ne t’a donc pas suffi la dernière fois, de te faire
pincer par Saga... Je crois qu’un rappel des fâcheuses conséquences que
cela a eu s’impose...
Grèce,
4 juin 2004, 17h45 (June 4, 2004, 2 :45 PM, GMT +3 :00)
Sanctuaire Terrestre...
La main d’Artémis se crispa contre le pilier du jardin.
La déesse n’eut pas le courage d’annoncer sa venue à son demi-frère,
étant le témoin du triste spectacle qu’il offrait. Le dieu de la lumière
gisait assis, sur son banc de marbre. Son dos était négligemment adossé
au dossier, et il semblait assoupi. Un tableau presque rassurant si les
traits de son visage n’avaient pas exprimé pas une profonde tristesse.
Prenant son courage à deux mains, Artémis avança
silencieusement en direction d’Apollon. Elle s’arrêta pourtant,
constatant que celui-ci avait ouvert les yeux et tournait son visage
vers elle. Le cœur de la déesse faillit s’arrêter net : elle savait
pertinemment qu’Apollon détestait être pris par surprise, et punissait
en général sévèrement les auteurs de cet affront. Pourtant elle se
sentit rassurée en voyant que son frère ne faisait aucun geste hostile à
son égard. Puis vint l’inquiétude lorsque Artémis se rendit compte du
vide qui emplissait le regard pourpre.
– Apollon, mon frère...
– Je ne me souviens de rien, Artémis, de rien...
Artémis se contenta d’acquiescer silencieusement, et
baissa légèrement les yeux, Pourtant, son regard filtrant à travers ses
longs cils ne quittèrent pas la silhouette de son frère et l’expression
désespérée de son visage.
– Je ne me souviens de rien... C’est comme six mois de
cette vie terrestre n’avaient jamais existé...
Apollon poussa un profond soupir avant de poursuivre
d’une voix brisée :
– Pourquoi notre père m’a t’il puni ainsi ?
Pourquoi... ?
Artémis releva les yeux en entendant un bruissement de
soie se rapprocher d’elle. Elle sentit une forte pression sur son
poignet droit, et sursauta légèrement en voyant qu’Apollon se tenait
devant elle, plongeant ses yeux rougis dans le regard fuyant de sa
demi-sœur.
– Pourquoi a-t’il fait cela ? Que cherche-t’il à me
cacher ? Je t’en prie Artémis... supplia-t’il en refermant son étreinte
sur le frêle poignet.
Artémis ferma les yeux et tenta d’occulter cette
présence si déprimante. Mais la voix d’Apollon lui parvint, encore plus
suppliante.
– Artémis, je veux savoir...
Marine observait avec attention la scène. Visiblement,
la crise qui avait été rapportée par Darius était plus profonde qu’il
avait paru de prime abord.
« ‘Une information qui pourra toujours servir... Un
Dieu Apollon amnésique signifie moins de risques de conflit avec
l’Ordre » songea-t’elle.
Il y eut un léger crissement derrière elle, comme
lorsqu’une chaussure glisse sur une surface caillouteuse. Marine se
retourna mais tout ce qu’elle vit fut un poing s’abattant sur elle, puis
le noir.
Sous le temple de Sounion
Une lumière aveuglante, suivie d’un bruit de tempête lui
firent fermer les yeux et souhaiter être sourd. Bàlint voulut hurler
mais une violente douleur à la tête coupa toute velléité de prononcer un
mot, et l’envoya sur ses genoux.
– Bàlint !
Le vampire reconnut tout de suite la voix d’Ishara, mais
ne se résolut à ouvrir les yeux que lorsqu’il sentit deux mains
délicates l’arracher à l’attraction du sol.
– Ishara, que s’est-il passé ? Balbutia-t’il.
Pour toute réponse, la
Babylonienne secoua la tête, et lui désigna la silhouette qui se
dressait entre eux et Sylvénius. Après quelques efforts pour se
retrouver assis, Bàlint put enfin détailler le nouvel arrivant : une
longue cape beige flottait depuis ses épaules, révélant toutefois une
dague accrochée dans le dos. Une autre lame se trouvait dans une main
gantée de cuir, pointant de façon menaçante sur le sorcier. L’inconnu
tournant légèrement la tête vers lui, Bàlint vit également qu’il était
masqué.
Sylvenius observait son nouvel opposant avec un certain
intérêt. Il ne l’avait détecté qu’à la dernière seconde, évitant in
extremis que la dague ne lui tranchât la gorge.
– Intéressant… Fit-il d’une voix d’une sincérité
perturbatrice.
L’inconnu masqué ne broncha pas, gardant sa position
immobile.
– Donc, tu sais te téléporter… Poursuivit le sorcier. Je
me demande si tu as d’autres talents.
Le sifflement d’une pierre retentit à ses oreilles, et
il s’écarta promptement, évitant un roc à la taille effilée comme un
poignard, qui alla s’écraser contre un mur.
– Je vois ! Tu es également télékynésiste… Vraiment
intéressant… Commenta froidement Sylvénius.
L’inconnu leva un bras, et pointant son index en sa
direction, lança :
– Je suis télépathe, également… Sylvénius… Ce qui m’a
permis d’entendre tout ce que tu viens de révéler à Bàlint sur tes
intentions… Et je ne te laisserai pas faire !
Sylvénius ne put empêcher un sourire moqueur orner son
visage en entendant cette vibrante déclaration.
– Et c’est bien là ton erreur… Il va me falloir te tuer,
maintenant… !
Japon,
Quartier Général d’Ermengardis, 4 juin 2004, 23h45 (June 4, 2004, 2 :45
PM, GMT +9 :00)
Il venait à peine de faire quelques pas dans le couloir
qu’une brise chaude et légère soufflait autour de lui, évidence du net
changement d’atmosphère qui venait de s’opérer. Aphro sentit sa vision
se brouiller. Il s’arrêta et s’appuya contre le mur, massant son front
soudainement moite et douloureux.
– Mais que se passe-t’il ?
« Oh rien de fâcheux... Cela pourrait même être
plaisant. » Murmura une voix féminine.
Aphro tressaillit lorsqu’il sentit une douce caresse
parcourir sa joue. La sensation était agréable, exagérément même. Le
jeune Suédois n’avait jamais imaginé qu’un tel contact pouvait être
aussi... érotique ?
– Que m’arrive-t’il ?
Ses mots s’étranglèrent dans un soupir. Quelques
secondes plus tôt, il marchait dans le couloir, et sans qu’il ne
comprenne pourquoi, il se retrouvait désormais appuyé contre un mur,
tremblant d’un plaisir que lui procurait d’invisibles mains. Il tenta de
bouger mais...
« Pourquoi t’enfuir ? Tu sais très bien que tu n’as
qu’une seule envie, c’est de rester ici... »
La voix sensuelle parvint à ses oreilles telle une
musique, annihilant un peu plus sa faible défense. Aphro frémit encore
plus lorsqu’il sentit une main coquine frôler sa cuisse, remonter à sa
taille, caresser son ventre, remonter jusqu’à sa poitrine, bientôt
suivie par sa jumelle, accomplissant le même chemin dans son dos. Il
parvint avec difficulté à voir qu’une sorte de vapeur l’entourait
désormais totalement. Il eut un nouveau frisson lorsqu’il sentit
l’étreinte se resserrer, et qu’un poids léger s’arrimait à ses épaules.
« ‘Laisse-toi faire... C’est tout à ton intérêt... »
Murmura la voix, alors qu’apparut devant les yeux embrumés d’Aphro un
charmant visage féminin encadré de longs cheveux bruns. En fait charmant
n’était pas le mot convenable ; d’une beauté diabolique était un
meilleur qualificatif.
Aphro ne put s’empêcher de fermer les yeux alors que de
soyeuses lèvres se posaient sur les siennes, et qu’une langue hardie
venait les caresser. Il lui sembla perdre totalement pied avec la
réalité lorsque sa mâchoire cessa de résister à l’intrusion.
« Et maintenant, souviens-toi du moment où tu es
devenu Aphrodite ! » Entendit-il murmurer.
Sven n’eut aucun mal à convaincre les gardes de la
Salle du Pope de le laisser entrer. Bien qu’il ne portât point l’Armure
d’Or des Poissons, son visage était connu de tous, et personne
n’ignorait son rang.
La lourde porte s’ouvrit sur l’immense salle aux
dalles de marbre blanc et aux hautes colonnes de gypse. Au bout du long
tapis rouge sang, sur une estrade surélevée, trônait l’Imposteur. A
mesure qu’il avançait d’un pas feutré, Sven reconnaissait autour de lui
ses « proches » conseillers : le bedonnant Gigar le borgne Straxus, et
le géant Bruticus. Les trois étaient apparus au Sanctuaire une année
auparavant, et avaient remplacé du jour au lendemain le tacticien, le
Capitaine des Gardes du Sanctuaire, et le Chef de la Brigade Secrète.
Maintenant qu’il en savait un peu plus, Sven soupçonnait qu’il ne
s’agissait pas de leurs vrais noms, et que ces trois hommes étaient des
mercenaires à la solde de Saga.
« L’imposteur, il est en train de noyauter le
Sanctuaire avec ses propres forces armées ! » Réalisa-t’il avec colère.
Il s’arrêta, voyant que Saga l’avait remarqué, et
faisait signe à ses trois sbires de se retirer. Les trois hommes
s’inclinèrent devant leur maître, et se dirigèrent à pas rapides vers la
sortie. Sven sentit un frisson le parcourir lorsque Straxus le fixa de
son seul oeil et esquissa un sourire de prédateur. Un sourire que le
Suédois avait déjà eu l’occasion de détester une semaine auparavant,
lorsqu’il avait croisé le Capitaine des Gardes sur le lieu de sa
mission. Etrangement, le palais en question avait été vidé de tous ses
gardes et Sven avait pu accéder « au traître » à châtier sans
encombre...
– Approche, Aphrodite !
Le surnom tant détesté et la voix calme de Saga
firent Sven trembler de rage mais aussi d’appréhension, mais il se
retrouva tout de même à obéir à l’invitation. Arrivé au bas de
l’estrade, il se refusa toutefois à s’incliner, et fixa le masque
d'obsidienne avec une arrogante obstination.
– Mon nom est Sven, et non
Aphrodite !
Le Pope leva une main et le pointa du doigt.
– Le Protocole veut que tu
t’agenouilles devant moi, et que tu attendes que je te cède la parole.
– Il y a juste une petite
différence : vous n’êtes pas le vrai Pope !
Saga fit un geste théâtral, repoussant avec grâce et
amusement un objet imaginaire.
– Mais ce n’est qu’un détail !
Aphro sentit son corps se raidir lorsque Saga se leva
de son trône, et commença à descendre la dizaine de marches de son
estrade. Son ombre le précédait, majestueuse, sombre et menaçante. Sven
ne pouvait s’empêcher de l’observer, se rapprochant mètre après mètre de
lui, telle une menace mortelle. Lorsqu’il releva les yeux, il rencontra
le regard rubis de Saga. Celui-ci avait ôté son masque, qui gisait sur
une marche plus haut.
– Ne serait-ce point là une
crise de rébellion ? Commenta l’imposteur avec un sourire narquois.
Aphro ne répondit pas, et se contenta de serrer les
poings, sentant que Saga passait dans son dos.
– Tu n’as donc pas saisi ce
qu’Angelo t’a expliqué ? Entendit-il murmurer à son oreille.
– Vous avez espionné Angelo ?
Demanda Sven en se retournant pour faire face à Saga.
– Non, il a demandé à ce que
Straxus participe discrètement à votre discussion.
Les yeux de Sven s’agrandirent de surprise... et de
douleur sous le coup de ce qui était pour lui l’ultime évidence de la
trahison de leur amitié.
– Le traître ! Murmura-t’il.
Comment a-t’il pu faire cela ?
– Traître n’est pas le mot...
Commenta Saga d’un air détaché, je dirais plutôt « opportuniste avisé ».
Sven se contenta de regarder Saga, trop paralysé par
la déception et l’émotion pour rétorquer quoi que ce soit.
– Bien, je vois que j’ai toute
ton attention... Alors laisse-moi clarifier d’abord un certain point...
Saga se planta devant Aphrodite et le toisa de toute
sa hauteur, si bien que l’adolescent du lever le visage pour capter le
regard de sang.
– C’est grâce à moi que tu as
pu prétendre à l’Armure d’Or des Poissons !
– Quoi ?!
– Tu l’ignores peut-être, mais
le fait qu’uniquement des femmes accèdent à cette armure depuis cinq
cents ans n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’une règle
écrite que notre chère Déesse a promulguée pour favoriser l’accès à des
rangs supérieurs aux femmes chevaliers...
La bouche d’Aphrodite s’entrouvrit sous le coup de la
surprise.
– J’ai fait modifier
provisoirement cette règle pour que tu puisses participer au combat
final et décrocher l’Armure d’Or. Sans cela, tu n’aurais jamais pu
prétendre y prendre part, et tu en aurais été réduit à obéir à la
nouvelle tenante du titre.
– Ce n’est pas possible...
C’est un mensonge ! Balbutia Sven.
– C’est la stricte vérité, que
tu pourras vérifier par toi-même à la Grande Bibliothèque...
Saga inclina légèrement la tête, dardant ses
prunelles enflammées dans le regard turquoise.
– Crois-tu qu’Athéna l’aurait
fait pour toi ? Aurait-elle vu le potentiel en toi ?... Non, crois-moi,
sans moi, tu occuperais aujourd’hui un second rang, en butte aux
moqueries et au mépris des autres soldats et chevaliers !
Le visage exquis du chevalier des Gémeaux s’inclina
encore plus, se rapprochant de celui de Sven.
– Pauvre Aphrodite... A la
beauté si étrange... On te dit androgyne, mais c’est véritablement
l’être mythologique que les gens voient lorsque leur regard se pose sur
toi... Ils ne savent pas qui tu es : un homme ? Une femme ? Une créature
des temps mythiques à la beauté si formidable qu’elle en est
effrayante ?
– Je sais ce que je suis !
Protesta Sven.
Les lèvres de Saga dessinèrent un sourire mauvais.
– Peut-être, mais tu es le
seul dans ce cas... Par contre, tu ne sais pas encore où est ta place
dans ce Sanctuaire.
– En tout cas, pas à vos
côtés... Jamais je ne vous serai obéissant, et encore moins loyal !
Saga partit dans un grand éclat de rire et recula,
toisant le jeune Suédois avec amusement.
– Mais c’est exactement ce que
je veux ! Je n’ai nul besoin d’une armée de martyrs, d’esclaves,
d’aveugles et loyaux serviteurs comme les Chevaliers d’Athéna. Je veux
une armée de meurtriers et de traîtres, à la recherche de leur propre
intérêt, désirant boire à la fontaine du pouvoir et qui s’y dirigeront
par eux-mêmes ! Une armée que je ne mènerai pas vers la Gloire, mais qui
m’élèvera au rang de commandeur suprême, en tant que garant de leur
propre gloire !
Sven était désormais pétrifié, mais ignorait par quel
sentiment : peur ou envie ? ...
Il n’essaya même pas de protester lorsque Saga saisit
son visage et appuya son front contre le sien.
– Entre dans mes rangs... Je
t’apporterai ce que tu recherches le plus en ce moment : le respect qui
t’est dû, la reconnaissance d’autrui. Tous s’inclineront devant toi, et
admireront ta divine beauté et ta force.
Sven sentit une étrange chaleur naître dans sa
poitrine. Etait-ce ce que l’on appelait l’Espoir ?
– Athéna ne te reprendra pas
ton rang... Ton nom restera gravé à jamais dans l’histoire du Sanctuaire
et des Hommes comme « Aphrodite, Chevalier des Poissons, le plus beau
chevalier du Sanctuaire d’Athéna ».
L’adolescent ne put s’empêcher de relever des yeux
brillants vers le Chevalier des Gémeaux.
– Entre dans mes rangs... Ou
continue à errer dans l’incertitude. Mais autant que tu le saches ; tout
opposant à mes plans sera impitoyablement éliminé !
Saga sourit, et releva son visage, puis recula de
plusieurs pas, son regard scrutateur toujours fixé intensément sur Sven.
– Quelle est ta réponse ?
Etrangement, l’esprit de Sven était désormais clair.
Seuls résonnaient dans sa tête des paroles murmurées mais qui prenaient
tout leur sens : « Sois ton propre maître », « Je t’apporterai ce que tu
recherches le plus en ce moment : le respect qui t’es dû, la
reconnaissance d’autrui. »
Ses genoux ployèrent presque d’eux-mêmes, et Sven se
retrouva à exécuter la révérence d’usage que tout chevalier d’Or se
devait d’effectuer devant le Grand Pope.
– Maître, c’est un honneur
pour moi, Aphrodite des Poissons, que de vous servir !
Le sourire de Saga devint quasi-diabolique.
– Parfait, je vois que tu as
décidé de laisser parler la raison...
L’imposteur lui tourna le dos, faisant voler le bas
de sa longue tunique noire devant les yeux d’Aphrodite.
Une sorte de voile noir passa devant ses yeux, et Aphro
porta ses mains à son visage pour se protéger.
– Non, ce n’est qu’un cauchemar... Une réminiscence du
passé !
Aphro sentit ses genoux heurter une surface dure, et
freina sa chute en s’appuyant sur ses mains.
– Mais que m’est-il arrivé ?
Il releva la tête, cherchant du regard une présence.
Cette femme fantôme, celle par laquelle ses visions lui étaient
parvenues. Son regard ne rencontra pourtant que le décor familier du
pavillon Komokuten, à l’éclairage intimiste et à la décoration
dépouillée. Une camera le fixait de son oeil cyclopéen au coin d’un
couloir, et le seul bruit rompant le silence était celui des battements
effrénés de son cœur.
– Est-ce que j’ai rêvé ? Haleta-t’il.
Soudain, un frisson d’angoisse le parcourut et il porta
la main fébrilement à la poche de son pantalon.
– Non ce n’est pas vrai ! Hurla-t’il presque, retournant
la poche en un tremblement nerveux.
La clé USB avait disparu, et avec elle, les preuves
qu’il voulait montrer à Saga.
Aphro s’appuya dos au mur, et soupira, partagé entre
déception et épuisement. Il porta sa main à son front, puis en couvrit
ses yeux.
– Mais comment ai-je pu me faire avoir comme cela ?
Salem regardait d’un air amusé l’ancien Chevalier des
Poissons affaissé, contre le mur, abandonné à sa désolation. Elle ouvrit
sa main et observa l’objet sombre qui trônait dans sa paume.
– Hum... Objet
inutile... Fit-elle d’un air moqueur.
Elle referma sa main sur la
barrette noire et contempla avec satisfaction la poussière qui s’en
échappait.
– Et si peu solide… Commenta-t’elle en époussetant ses doigts des restes
de l’objet.
– Tu vois, je te l’avais bien dit
que je ne laisserai personne s’interposer dans mes
plans ! Déclara-t’elle soudain, levant les yeux en direction du plafond
boisé, comme si son interlocuteur se trouvait pendu là.
Salem sourit en n’entendant aucune réponse résonner à
ses oreilles.
– C’est à toi que je
m’adresse, Angelo…
Deux étages plus haut, dans la
chambre d’Angelo
Angelo ouvrit lentement les yeux, et porta une main à
son front moite. La voix résonnait dans sa tête, effrayante non pas par
le ton, mais par le souvenir qu’elle évoquait à l’ancien chevalier d’Or.
Celui de ses années d’asservissement où le jugement de ses actes ne lui
appartenait plus, et où il n’était guère qu’un jouet aux mains
invisibles d’un fantôme.
Cette voix, était celle de Salem, le démon qui avait
menacé de tuer ses amis s’il ne se pliait pas de nouveau à ses ordres.
Et cette voix s’impatientait de son silence…
« C’est à toi que je m’adresse Angelo… Réponds ! »
L’injonction claqua comme un fouet dans sa tête, rendant
la simple action de penser pire qu’un calvaire.
– Je t’écoute, ô Ma maîtresse… Se força-t’il à répondre.
« Et tu as été long à le faire… Le temps n’est plus
au repos, Angelo. »
Le ton doucereux de la fin de la phrase fit frémir le
jeune homme, car annonciateur d’une désobligeante nouvelle. Salem
voulait quelque chose de lui, et le lui faisait savoir par ce moyen.
– Ordonne et je t’obéirai.
Un rire charmeur vint féliciter cette preuve de
soumission.
« Je n’en doute pas… »
Une image vint se former devant les yeux d’Angelo, lui
faisant retenir sa respiration. Oh, comment ne pas reconnaître ce jeune
homme blond, appuyé à un mur, l’air prostré !
– Aphro… Mais que lui as-tu fait ? Tu avais promis… !
« ‘Je ne lui ai rien fait du tout… Enfin, rien qui ne
lui donne matière à se plaindre… Pour l’instant, mais cela ne durera pas
si lui ou tes amis continuent à soupçonner ma présence ici ! »
Le ton était redevenu menaçant, et Angelo pouvait
presque sentir le démon tourner autour de lui, l’observant comme une
proie à mettre à mort.
– Que… Que veux-tu que je fasse ? Demanda-t’il en un
murmure, tentant d’apaiser l’irritation de Salem.
« Ce que tu veux… Va les voir, raconte-leur tous les
mensonges qui te passeront par la tête, mais ils ne doivent pas savoir
que j’existe, ni que tu es mon fidèle et dévoué serviteur… »
Angelo sentit une boule se former dans sa gorge à
l’énoncé de ce lien entre eux.
« Ils doivent partir sereins pour leur mission, et
ignorer qu’un émissaire de Sylvénius – toi en l’occurrence– est parmi
eux… Me suis-je faite comprendre ? »
Angelo ne trouva pas de mot à répondre alors qu’il
contemplait la réalité de sa position ; il était désormais un espion à
la solde de l’ennemi.
« J’ai dit, me suis-je faite comprendre ? »
Siffla Salem, se matérialisant en partie devant lui.
Il n’eut pas le temps de reculer qu’il se retrouva avec
son visage prisonnier de deux mains blanches et fines, et à la force
trahissant leur origine démoniaque.
Salem approcha son propre visage de celui d’Angelo, ses
yeux ne devenant plus que deux fentes noires alors qu’ils se plissaient
de méchanceté.
– Tu as une heure, Angelo, ni plus ni moins, pour faire
taire les soupçons et me prouver ta loyauté… Passé ce délai, je ferai
moi-même le ménage !
Son visage s’orna d’un sourire diabolique, alors qu’elle
scrutait la réaction de son esclave. Angelo savait que toute rebuffade
serait punie immédiatement et douloureusement par la démone. Et être
blessé ou incapacité ne l’aiderait en rien à sauver ses compagnons. Il
fit taire le dégoût que lui inspirait la situation et acquiesça.
– Dans une heure, ils n’auront même plus idée de
soupçonner une quelconque infiltration… »
Le visage de Salem se détendit à ces paroles, retrouvant
sa grâce naturelle.
– Ca c’est l’Angelo que je connais… Sussura-t’elle avant
de déposer un baiser affectueux sur le front de son prisonnier.
Angelo rassembla toute sa volonté pour ne pas montrer la
répulsion que ce contact lui inspirait. Maîtrise de soi qui finit par
payer. Salem relâcha son emprise, et se volatilisa devant lui.
« Mais n’oublie pas… Même si tu ne me vois pas, moi,
je te surveille… »
Angelo resta immobile quelques minutes, épiant les
ténèbres de sa chambre à la recherche du moindre indice trahissant la
présence de Salem. Mais il savait que c’était vain ; Salem ne pouvait
pas être vue si elle ne le désirait pas. Et le temps était pour lui
compté…
– Une heure… »
Angelo soupira, et se dirigea vers sa table de nuit.
Remettant de l’ordre dans sa chevelure et sa mise générale, il rassembla
ses idées quant à la façon dont il allait endormir les soupçons de ses
compagnons. Une fois qu’il estima que son allure cachait suffisamment le
drame qu’il était en train de vivre, il sortit de sa chambre, résigné à
accomplir sa « nouvelle mission ».
Italie, Venise, 4 juin 2004,
16h50 (June 4, 2004, 2 :50 PM, GMT +2 :00)
Quartier Général de l’Ordre de Venise
Japon,
Quartier Général d’Ermengardis, 4 juin 2004, 23h50 (June 4, 2004, 2 :50
PM, GMT +9 :00)
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