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Japon, Quartier Général Ermengardis, 28 février 2004, 0h15 (February
27, 3 :15 PM, GMT +9 :00)
« Bonsoir ! » Milo fit son apparition
dans la pièce, en bâillant négligemment. Ses cheveux étaient légèrement
en bataille, preuve qu'il avait du lutter un certain temps avec son
oreiller avant de se résigner à descendre au salon. « Toujours pas
couchés, vous non plus ?
– Non, mais c’est rassurant de voir
que je ne suis pas le seul insomniaque ici, lui lança Aiolia.
– Ca doit être le décalage horaire,
répondit Milo en baillant une seconde fois.
– Allez, dit plutôt que tu as hâtes
de revoir Camus ! » lui lança Aphrodite, tout sourire.
Milo se figea, une expression
d'irritation naissant sur son visage. A quoi jouait donc la poiscaille ?
« Aphrodite, tu devrais aller te
coucher, tu vas attraper des rides à veiller si tard ! répondit-il
froidement.
– Pourquoi pas ? Après tout, les
rides d'expression qui burinent le visage d'un homme, preuve de son
existence et de son expérience, ça marche toujours auprès des filles.
– Hein ? »
Milo et Aiolia restèrent bouche bée
devant cette réponse. Quant à Marine, elle crut qu'elle allait lâcher
son portable de surprise. Seul Aphrodite souriait, visiblement content
de son effet.
« Que vous arrive-t-il ? Aurais je
dis une incongruité ? » demanda-t-il avec malice.
Le téléphone de Marine se mit à
retentir d'une joyeuse mélodie, meublant le silence consterné créé par
la plaisanterie du Suédois.
« Ambre ! Mais où es-tu ? À cent
kilomètres d'ici ? Mais où exactement ? Ambre, je ne t'entends pas très
bien ! Ambre ! »
Marine laissa soudain tomber son
téléphone à terre et porta ses mains à ses oreilles. Alerté par sa
réaction, Aiolia se leva précipitamment et s’approcha d’elle, l’air
inquiet.
« Marine, que t’arrive-t-il ? »
demanda-t-il.
La jeune femme secoua la tête et
cligna des yeux, avant de découvrir ses oreilles. Son regard se posa
lentement sur le Grec.
« Là, je crois qu’on a un gros
problème», déclara-t-elle.
Japon,
Village d'Onimura, 28 février 2004, 0h18 (February 27, 3 :18 PM, GMT
+9 :00)
« Allô ! Allô ! ... Allô ? »
Rien à faire. Ambre avait beau
répéter, personne ne faisait plus échos. Pourtant, Marine avait
décroché : elle avait entendu sa voix, avant que la ligne ne se mette à
grésiller.
« Un problème ? demanda la vieille
femme.
– Oui, il n'y a plus de tonalité. »
La vieille femme prit le poignet
d'Ambre et la força à raccrocher.
« C’est certainement dû à l'orage.
Vous rappellerez demain... » dit-elle en souriant.
Ambre sentit un frisson la
parcourir : quelque chose clochait dans l’attitude de la Japonaise, mais
elle ne savait pas quoi.
« Cela vous dérangerait-il si
j'utilise Internet pour envoyer un e-mail?
– Ça aussi, vous le ferez demain... »
Ambre avait beau s'être retrouvée maintes et maintes fois embarquées
dans des missions périlleuses, face à des démons et créatures plus ou
moins effrayants, il n'en restait pas moins que la situation actuelle
lui faisait froid dans le dos. « Venez, je vais vous conduire à vos
chambres », ajouta son hôte.
Elle fit signe à Ambre de la suivre,
tandis que les jeunes filles entraînaient Shura, Camus et Angelo vers
d’autres pavillons.
O
« Enfin, on va avoir un lit, un
vrai... Pas un fauteuil de voiture, mais un lit ! » s'extasia Shura,
songeant déjà au délice que serait de se plonger entre les draps et se
laisser glisser dans les bras de Morphée.
Il bailla à s'en décrocher la
mâchoire.
« Euh, nous ne sommes pas tous
ensemble ? glissa Angelo, visiblement inquiet.
– Je vous prie de nous pardonnez de
ce dérangement, mais nos chambres d'hôtes se trouvent dans des pavillons
différents », s'excusa une des jeunes filles en s'inclinant timidement.
Angelo eut presque honte d'avoir posé
sa question un peu rudement.
« Mais ce n'est rien ! »
bafouilla-t-il en faisant son meilleur sourire. Il reçut un bon coup
dans les côtes de la part de Shura, et tourna la tête, furieux.
L’Espagnol lui souriait, fier de sa petite vengeance. « Tu as fini de te
comporter comme un gamin, oui ! maugréa-t-il.
– Mais oui, c'est ça ! Bonne nuit,
mon ange et si tu as peur, tu n'as qu'à crier ! » sifflota Shura en lui
faisant un clin d’œil moqueur.
Angelo fit la moue. Il détestait être
appelé de la sorte : ce sobriquet était l’apanage de la personne qu’il
avait la plus crainte et haïe de toute sa courte vie.
« Cretino ! »
Il oublia vite la mauvaise humeur
créée par la plaisanterie de Shura, et suivit la jeune fille qui lui
souriait en s'inclinant gauchement.
O
Camus et Ambre se regardèrent,
visiblement peu rassurés.
« Bon, à demain donc ! fit Ambre en
lui faisant un signe de la main.
– Dors bien ! » lui répondit Camus.
Et chacun suivit son guide dans les
ténèbres de cette vaste bâtisse.
Japon,
Quartier Général Ermengardis, 28 février 2004, 0h25 (February 27,
3 :25 PM, GMT +9 :00)
« Marine, que se passe-t-il ? Ils ne
sont toujours pas arrivés ? » demanda James, un peu étonné que la jeune
femme l’appelle en utilisant la ligne d’urgence.
« Non, et malheureusement je crains
qu’il ne risque pas d’arriver de si tôt. Ambre m’a téléphoné d’un coin
perdu de la préfecture de Gunma, mais la communication a été coupée net
au bout de quelques secondes, expliqua-t-elle d’une voix précipitée.
Écoute un peu ça… »
La voix d’Ambre résonna dans le
combiné alors que Marine faisait jouer l’enregistrement sonore de leur
conversation. Celle-ci fut vite couverte par des grognements sourds et
lugubres, puis la tonalité disparut.
« Des démons ? Ils sont tombés aux
mains de démons ? s’étonna le Grand Maître.
–Je le crains fort. »
James passa une main nerveuse dans sa
courte chevelure alors que son esprit fonctionnait à toute vitesse pour
analyser la situation.
« La priorité est de repérer où ils
sont et les sortir de là au plus vite. Je vais demander à une équipe de
vérifier tous les événements surnaturels survenus dans le secteur où ils
sont potentiellement arrivés », expliqua-t-il tout en tapotant sur son
clavier d’ordinateur. « Il faut que nous sachions à quoi nous avons
affaire.
– Et moi, pendant ce temps, en quoi
puis-je t’aider ?»
James resta silencieux quelques
instants, lisant avec grande attention les informations qui se
déroulaient sur son écran.
« Tu t’assures que les camarades de
nos disparus restent calmes et sereins. Inutile qu’ils s’alarment.
– Très bien.»
James reposa le combiné en soupirant.
« Il ne manquait plus que ça !»
Japon,
Village d'Onimura, 28 février 2004, 1h00 (February 27, 4 :00 PM, GMT
+9 :00)
Pavillon Est
Shura dormait d’un léger sommeil
lorsqu’il sentit un souffle frôler son visage. Il ouvrit les yeux et
telle ne fut pas sa surprise de se retrouver nez à nez avec l’une des
habitantes de l’auberge. Son étonnement s’accrut alors qu’il s’aperçut
que la belle était installée à califourchon sur lui, sa main caressant
doucement ses cheveux.
« Que faites-vous là ? » demanda
Shura, légèrement gêné par la situation.
La jeune femme se contenta de
sourire, puis elle approcha son exquis visage de celui de Shura, et
l’embrassa. Ses lèvres avaient un goût sucré, mystérieux, que l’Espagnol
ne put identifier. Celui-ci agrippa les épaules de la femme afin de la
maintenir à distance. Il aurait aimé que les « choses » aillent moins
vite, et sa première pensée fut de repousser son ardente assaillante. Le
toucher de la peau lui semblait pourtant si doux, si soyeux. Perdant un
peu de sa réserve, Shura laissa glisser ses mains le long du corps
fuselé, appréciant les courbes des seins, des hanches, et enfin des
fesses. Chassant définitivement ses réticences, il étreignit la taille
fine, serrant au plus près de son corps celui de la jeune femme.
Pavillon Sud
Angelo s’était couché sans ôter son
pantalon. L’endroit ne l’inspirant guère, il avait préféré garder ses
vêtements au cas où il aurait fallu partir en urgence. Malgré tout, il
avait du mal à dormir, et ne cessait de se retourner dans ce qu’il se
refusait à appeler un lit. Légèrement irrité par son inconfort, il
rouvrit les yeux. Une silhouette féminine se tenait agenouillée à côté
de son futon, ses yeux brillants rivés sur lui. Angelo se dressa sur sa
couche, embarrassé. « L’une des filles de la maison, sans doute… Que
fait-elle donc ici ? » se demanda-t-il. Chose troublante, il ne
l’avait pas entendue entrer. Pourtant, il n’avait fait que somnoler et
n’aurait pas manqué de remarquer si quelqu’un s’introduisait dans sa
chambre.
« Que faites-vous ici ? »
De délicieuses lèvres vinrent
s’emparer des siennes et ne lui laissèrent pas le temps d’en dire
davantage.
Pavillon
Nord
« Par l’Aiguille Écarlate ! » Milo
les frappa de nouveau, usant de la terrible technique qui s’était
transmise entre chevaliers du Scorpion depuis des siècles. La piqûre
atteignit Camus à l’épaule, Saga à la poitrine, et Shura à la cuisse
droite. La violence de l’attaque les fit retomber en arrière dans un
fracas d’os et de pierres brisées.
« C’était le onzième coup… Plus
que trois avant de vous voir mourir ! » annonça Milo d’une voix sans
pitié.
Camus essaya de lui crier
d’arrêter, qu’il se trompait, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Ses
jambes, son torse, et son épaule gauche avaient été touchés par les onze
coups de l’Aiguille Écarlate, et il sentait une douleur lancinante
envahir son corps et paralyser son cerveau. Shura et Saga à ses côtés
souffraient le même martyre.
Milo ne leur laissa pas le temps
de se relever, et les frappa de nouveau. La douzième piqûre du scorpion
atteignit Camus à l’omoplate droite : sa vision se brouilla, et il
bascula en arrière, sa tête heurtant brutalement le sol. Il entendit le
Gémeau et le Capricorne tomber à ses cotés, alors que la voix de Milo
s’élevait, toujours aussi cruelle :
« Repentez-vous, monstres, vous
êtes indignes d’avoir porté un jour le titre de défenseurs d’Athéna …
Vous n’êtes que des traîtres ! »
« Nous ne sommes pas des
traîtres ! Nous défendons Athéna … Milo, mon frère ! Pourquoi ne le
vois-tu pas ! » Camus avait envie de hurler, mais sa bouche resta
désespérément muette.
« Le treizième coup ! »
Un éclair rouge traversa
l’obscurité et atteignit Camus à la base du cou, l’envoyant une nouvelle
fois au sol.
Camus hurla, et se dressa sur son
futon, son cœur battant à tout rompre. Il porta fébrilement sa main à sa
gorge, et s'assura que celle-ci était vierge de toute blessure.
« Un rêve, ce n’était qu’un rêve. »
Un bruissement de soie le fit
sursauter et il rouvrit les yeux, découvrant la silhouette d’une femme
agenouillée auprès de lui.
« Que faites-vous là !
Allez-vous-en ! » s’écria Camus, troublé de s’être fait surprendre.
« Es-tu certain que tu veux que je
m’en aille ? » répondit une voix désormais familière. « J’avais cru
comprendre que tu rêvais de trouver un jour dans cette situation… »
La visiteuse se pencha sur lui,
dévoilant son visage rehaussé de magnifiques yeux verts et d’une
chevelure au cuivre flamboyant.
« Ambre ? Mais que fais-tu là ? »
demanda-t-il en se redressant légèrement.
Pour toute réponse, Ambre clama ses
lèvres pour un baiser qui n’avait rien de chaste, ses mains caressant
son torse avec une audace qui fit frissonner Camus d’anticipation.
Pavillon Est
Ambre rouvrit les yeux, un mauvais
pressentiment l'étreignant, doublé de la sensation que quelqu'un se
trouvait dans la pièce. Elle serra plus fortement le pommeau du sabre
qu'elle avait emmené dans son lit et cachait sous les draps.
« Heureusement que cela traînait
dans le couloir, cette petite bimbeloterie... »
se dit-elle en glissant un coup d’œil à la lame nue. Elle reporta son
regard sur le masque de Tengu1
qui était accroché sur le mur, juste à côté de son lit. « Elles n'ont
pas bon goût, les filles de cette demeure... Quelle idée d’accrocher ce
truc en guise de décoration !
C'est bon pour les restaurants ! »
Un craquement se fit entendre
derrière elle, puis un deuxième : quelqu’un marchait sur les tatamis.
Ambre se positionna un peu mieux dans
son lit, prête à bondir à tout moment. Elle sentit la présence tout près
d'elle.
« C'est
le moment ! »
Elle vit soudain un éclair s'abattre
sur elle et tira son épée de sa cachette.
Japon,
Quartier Général Ermengardis, 28 février 2004, 1h05 (February 27,
4 :05 PM, GMT +9 :00)
Saga passa discrètement la tête à
travers l'entrebâillement de la porte, puis pénétra dans la pièce. Il
nota très bien le regard vindicatif que lui jeta Aiolia, mais décida de
l’ignorer. Milo ne lui fit pas meilleur accueil, mais là également, il
prit partie de ne pas y prêter attention.
« Je venais prendre des nouvelles,
expliqua-t-il en s’arrêtant devant Marine. Quand est-ce que tu penses
qu’ils vont arriver ? »
La jeune femme se mordit la lèvre
inférieure, cachant très mal sa nervosité. Ce petit tic n’échappa à
aucun des hommes qui se trouvaient dans la pièce.
« Marine, y-a-t-il un problème ?
demanda Milo. Tu fais une drôle de tête depuis le coup de téléphone. »
La jeune femme promena son regard sur
ses quatre interlocuteurs, l’air de plus en plus inquiète.
« Je crains qu’il ne soit en retard,
lâcha-t-elle. Très en retard. »
Japon,
Village d'Onimura, 28 février 2004, 1h10 (February 27, 4 :10 PM, GMT
+9 :00)
Pavillon Sud
Angelo voulut protester, mais il
sentait une douce chaleur l’envahir. Il ferma les yeux, savourant les
sensations que réveillaient les mains de la jeune femme en parcourant
librement son corps. Elle caressa son dos, partant de ses épaules, avant
de faire courir ses doigts experts le long de sa colonne vertébrale,
s’égarant sur ses hanches, puis se laissant aller à la découverte de ses
abdominaux. Remontant sur son torse et mourant sur ses omoplates, la
caresse s’acheva dans son cou. Elle sera un peu fort, ce qui l’excita
plus que cela ne lui fit mal, avant de réclamer de nouveau ses lèvres.
Comment aurait-il pu protester ?
Depuis combien de temps n’avait-il pas ressenti cette sensation de
volupté s’emparer de son être ?
« Une éternité... Si seulement je
pouvais voir son visage. »
Angelo se laissa guider sur le futon,
sa tête s’enfonçant dans l’oreiller. Il sentit le corps de la jeune
femme chavirer avec lui, et instinctivement enlaça sa taille, si fine,
si féminine. Il embrassa les lèvres avec avidité, s’enivrant de leur
douceur et leur fraîcheur. Mais une fois de plus, il ne put voir son
visage et bascula la tête en arrière, incapable de retenir un long
soupire de plaisir que la visiteuse lui arracha en se saisissant de sa
masculinité. Dévastateur, le feu se mit à brûler au creux de ses reins.
Un gémissement lui échappa alors qu’il fermait les yeux, se laissant
lentement guider vers l’extase.
O
Un sourire carnassier apparut sur les
lèvres de la créature lorsque l’Italien se cambra sous ses caresses, ses
mains froissant les draps alors qu’il se laissait couler dans la
volupté. Quelle magnifique proie avait-elle attrapée ! Elle releva la
tête et son rictus se figea : un jeune homme se tenait agenouillé à côté
d’eux, et contemplait la scène avec hostilité. Son visage était trait
pour trait celui de sa future victime. La créature baissa les yeux sur
l’homme qui gémissait sous elle, si près d’atteindre la jouissance, puis
son regard se posa de nouveau sur celui qui l’observait, interrogateur.
« Je n’ai pas laissé ma vie et mon
enveloppe charnelle à Angelo pour qu'il se fasse tuer aussi bêtement ! »
hurla l’inconnu, la foudroyant avec colère.
Venue de nulle part, une bourrasque
de vent fit voler la tentatrice à travers la pièce, l’envoyant dans un
panneau en papier qui ploya sous son poids.
« Debout idiot ! » cria le jeune
homme à l’oreille d’Angelo. « Ou elle va te tuer ! »
O
Angelo sursauta, réveillé comme d’un
rêve. Seuls son excitation et les tremblements qu’elle provoquait lui
prouvèrent que ce qui venait de se produire était bien réalité. Il se
dressa immédiatement sur son futon et réalisa qu’il était complètement
nu.
« Lorenzo ! » murmura t-il, haletant.
Tout devint clair dans son esprit,
comme si un voile de brouillard se levait : Lorenzo l’avait sauvé de
cette femme, qui semblait l’avoir envouté. Mais où était-elle passée ?
Angelo se mit à fouiller l’obscurité à la recherche de son assaillante.
Un souffle caressa sa joue, le figeant d’effroi. Lentement, il tourna le
visage pour faire face à l’intruse, et sentit ses cheveux se dresser sur
sa tête lorsqu’il reconnut les traits ensorceleurs et le sourire boudeur
de celle-ci.
Pavillon
Nord
Leur baiser se faisait de plus en
plus demandeur et passionné, et leurs étreintes, audacieuses et intimes.
Ambre finit par le repousser, dardant ses prunelles émeraude dans le
regard azur de Camus, ses mains soulevant son pull pour courir avec
virtuose sur son torse. Elle émit un petit rire moqueur avant de
repartir à l’assaut de la bouche du jeune homme, mordillant au passage
la lèvre inférieure. Camus ne se fit pas prier, accueillant avec ferveur
la langue curieuse de sa partenaire. Ils s’embrassèrent avec passion
jusqu’à ce Camus ne la repousse à son tour, ôtant d’abord son pull qui
le gênait, avant d’en faire autant avec celui d’Ambre. Le soutien-gorge
fut arraché dans la foulée, libérant les deux ovales généreux qu’ils
cachaient.
« Viens », murmura-t-il, attrapant la
jeune femme par un poignet pour la guider sur ses genoux. Un frisson le
parcourut lorsque ses seins glissèrent sur sa poitrine, faisant se
tendre sa virilité.
Sûre de son effet, Ambre lui sourit
avant d’onduler contre lui, ses mains caressant les épaules musclées et
les abdominaux saillants, poussant son désir jusqu’à son point de
rupture. Camus saisit la taille de sa partenaire, et bascula sur elle,
dominant désormais ce corps brûlant qui ne désirait que lui, et qu’il
voulait plus que tout. Cependant, il ne tenait pas à se montrer brutal
ou trop expéditeur. Il se mit à l’embrasser dans le cou, doucement, puis
passionnément, tandis que ses mains couraient sans retenue le long de
ses hanches, cherchant leur chemin vers le creux de son intimité.
« Qui aurait dit que sous la glace,
dormait un tel feu. »
La voix était étrangement familière.
Camus suspendit son baiser passionné et releva la tête, contemplant avec
incrédulité ce jeune homme vêtu d’un costume gris, à la cravate dénouée.
Gabriel venait d’apparaître devant lui, tel qu’il était quelques minutes
avant sa mort.
« Je vois que tu es loin d’être ce
pantin de glace auquel tu t’es échiné à ressembler pendant des années »,
ajouta l’apparition.
Camus le regarda avec étonnement et
une certaine peur, le désir qui le consumait quelques secondes
auparavant refoulé au plus profond de lui.
« Que tu succombes enfin aux
faiblesses des sens, et à tes fantasmes, Camus, soit, mais que cela ne
t’empêche pas de voir le danger », continua Gabriel. Ses yeux
étincelèrent, tels deux saphirs.
« Quoi ? murmura le Français.
– Cher Camus, ce n'est pas Ambre que
tu tiens dans tes bras, mais un démon des cauchemars, un succube, qui
n’attend qu’une chose : te tuer ! » lança Gabriel avant de disparaître
comme par magie.
Camus baissa les yeux sur la femme
qu’il étreignait si ardemment : le souvenir de ses frissons de désir fit
place à un tremblement de peur.
Pavillon Est
Un léger coup de reins, et Shura
avait renversé la situation. Il se tenait désormais en position
dominante, gardant prisonniers les poignets de son assaillante de chaque
côté de son visage, qu’il couvrait de brûlants baisers. Attaques
auxquelles la jeune fille ne répondait que par des rires ou des
grondements de plaisir.
Shura s'attaquait à son cou lorsqu'il
sentit une main s’infiltrer sous son pull, descendant de le long de son
dos jusqu'à ses fesses. La sensation n'était pas désagréable, mais ne
laissait aucun doute sur la présence d’une autre personne dans la
chambre. Shura jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, et aperçut deux
des femmes qu'il avait vues précédemment. Il relâcha les poignets de
celle qui se tordait de plaisir sous lui et releva le buste.
« Okay… les filles, à quoi vous
jouez ? »
Pour toute réponse, les deux femmes
poussèrent un cri semblable au rugissement d'un félin. Shura sentit le
sol se dérober sous ses pieds et la peur le saisir en étant témoin de
leur métamorphose : des visages boursouflés et putrides aux yeux jaunes
de prédateurs remplaçaient les visions de beauté qui lui étaient
apparues.
« Des démons ! »
Instinctivement, Shura bondit en
arrière, pour s'écarter du corps sur lequel il était couché.
Pavillon
Ouest
Les deux épées s’entrechoquèrent, et
Ambre sauta en arrière pour éviter de justesse la larme courte qui
s’abattit sur elle. Elle se remit en garde, prête à parer tout nouvel
assaut. Devant elle, la vieille femme qui les avait accueillis quelques
heures plus tôt avait enfin montré son vrai visage : boursouflé,
crevassé, gris terreux, au milieu duquel brillaient deux yeux jaunes aux
reflets cruels.
« Alors, de quelle race es-tu ?
Démon ? Mort-vivant ? Bâtarde mi-femme mi-bête ? lui lança Ambre.
– Je suis ce que vous autres appeler
dans la religion chrétienne un succube, et ce que les gens d’ici nomment
Démon de la Nuit », répondit la créature d’une voix éraillée.
Un éclair traversa l’esprit d’Ambre :
si les autres habitants de la demeure étaient également des succubes,
cela voulait dire que Camus, Angelo et Shura courraient un grand danger,
en ce moment même. Il fallait faire vite !
« Un succube ? Rien que ça ? Et
pourquoi moi je n’ai pas droit à un incube ? ironisa Ambre, tentant de
gagner du temps.
– On peut arranger cela, si tu veux.
Quand à tes compagnons, ne t’inquiète pas, ils sont en de bonnes mains :
leur mort sera … un vrai plaisir ! » ricana la créature.
Ambre se mordit les lèvres : il y
avait décidément urgence à les sortir de ce piège. Son regard se reporta
sur les deux épées que brandissait le démon : un faux pas, et
elle risquait de se faire trancher la tête.
« Il va falloir être précis et
prudente à la fois », se
dit-elle. « Et faire dans la surprise… »
Ambre leva son sabre en hurlant et
frappa la longue lame de son opposante. Aussitôt celle-ci leva sa lame
courte, et s’apprêtait à assener un coup de côté lorsqu’Ambre lâcha sa
propre épée pour lui envoyer un coup de poing en plein visage. Sans
laisser au démon le temps de se remettre de sa surprise, elle lui donna
un vigoureux coup de genou en plein ventre pour la faire reculer. Puis
un deuxième suivit, auquel s’ajouta un coup de pied qui envoya la
créature contre une des portes coulissantes. Sa façon de se battre
n’était ni conventionnelle ni élégante, mais elle n’avait pas le choix.
Le succube glissa sur ses genoux,
mais se releva presque aussitôt, avant de poussa un cri de douleur.
Ambre venait de lui trancher la poitrine, de l’omoplate droite aux côtés
gauches, d’un moulinet magistral. La créature reprit un visage humain
instantanément et s’affaissa sur les genoux. Ses yeux roulaient en tous
sens, alors qu’un sang noirâtre s’échappait de sa bouche.
Ambre la força à lever le visage en
plaçant sa lame sous le menton.
« Où sont les autres ? Dis-le moi
vite ou je ne réponds plus de rien !
– Ne crois pas avoir gagné… Lilith
les veut, elle les aura avant le lever du jour ! » ricana la vieille
femme.
Comprenant qu’elle n’obtiendrait rien
d’elle, Ambre enfonça la pointe de son sabre dans sa gorge, et la
regarda s’effondrer face contre terre avec dégoût. Elle ramassa les deux
sabres de la créature, et ouvrit la porte coulissante d’un geste vif.
Elle allait s’engager dans le couloir froid et noir lorsqu’elle sentit
un objet siffler à ses oreilles. Elle s’écarta de l’encadrement, évitant
un couteau qui alla se planter dans le mur de l'entrée de la chambre.
Ambre distingua dans les ténèbres du
couloir trois silhouettes qui s’approchaient vers elle, en émettant un
inquiétant sifflement, tels des serpents glissant sur un tatami.
« Non, ce que Lilith aura avant le
lever du jour, c’est la guerre », murmura-t-elle, avant de charger sans
hésitation.
Grèce,
Sanctuaire Terrestre, 27 février 2004, 18h20 (February 27, 4 :20 PM,
GMT +9 :00)
Tout comme il l’avait fait la veille,
Glaucus repartit dans l’exploration du temple de Perséphone, à la tombée
de la nuit. Il se dirigea d’un pas décidé vers les appartements privés
de celle-ci, là où il avait surpris la déesse dans ces ébats avec son
amant. Un vampire que Glaucus était déterminé à démasquer dès ce soir.
Il allait pousser la porte et se glisser dans l’entrebâillement de
celle-ci, lorsqu’un rire moqueur et suffisant le fit sursauter. Glaucus
se retourna, et n’eut aucun mal à reconnaître ces yeux gris, ce beau
visage froid aux traits fins mais indéniablement masculins, noyé dans
épaisse chevelure brun roux et lisse.
« Bàlint ! »
O
Juin 1491. Campement de l’armée de
Marius
Geldis, Deianeira, Ishara,
Glaucus, Adorjàn, Lôrinc et Lùitgard étaient présents. Certains de leurs
seconds avaient également été convoqués à la réunion, tels Bàlint, qui
se tenait près de son maître Lùitgard, Wolrad, un lieutenant d’Adorjàn,
ou Sibold, qui était au service de Lôrinc. C’était en tout une vingtaine
de soldats qui s’étaient réunis sous la grande tente de Marius, à sa
demande.
Lùitgard étendit une carte sur la
table centrale, posant des pierres aux quatre coins pour éviter qu’elle
ne se replie. Les vampires se rapprochèrent, contemplant le plan de
bataille avec curiosité. Marius pointa un symbole peint en bleu,
figurant un édifice.
« Le
temple de Telemny : c’est là que la Milice Noire est retranchée. Il
domine une gorge, il est donc hors de question de faire une attaque
frontale, car ils nous verront venir de loin, expliqua-t-il.
– Pourquoi ne pas faire
diversion ? Envoyer un
escadron dans la gorge, et pendant que les soldats de la milice
s’attaqueront à eux, percer leurs défenses sur les flancs », suggéra
Lùitgard.
Adorjàn laissa échapper un sourire
moqueur.
« Autant dire que la troupe
envoyée sera sacrifiée, remarqua-t-il.
– Tu as une meilleure solution ?
lui lança Lùitgard.
– Non.
– Très bien… Nous suivons ce
plan-ci, pour l’instant. Et comme c’est toi qui en as eu l’idée, je
propose que ce soit tes hommes qui descendent dans le défilé », annonça
Marius avant de partir d’un rire mauvais.
D’autres ricanements se firent
l'écho de sa décision dans l’assistance. Seuls Lùitgard, et son
lieutenant, Bàlint, restèrent de marbre.
Glaucus leur glissa un regard méprisant : il détestait
Lùitgard et Bàlint pour leur
suffisance. Mais plus que ces deux là, il exécrait Gàbor, le jeune frère
de Bàlint, et regrettait que celui-ci ne soit pas présent pour entendre
sa condamnation à mort. Et il allait se faire une joie de leur donner le
coup de grâce.
« Je propose d’ailleurs que ce
soit Bàlint qui prenne le commandement et que son cadet, Gàbor, serve en
tant que second ! » suggéra le centurion.
Ce faisant, il glissa à Bàlint un
regard moqueur, que celui-ci soutint.
« J’approuve ! déclara Adorjàn.
Comme ça, les deux protégés de Lùitgard pourront nous prouver qu’ils
sont aussi doués pour la bataille qu’ils le prétendent.
– Brillante idée ! ajouta
Geldis.
– Je suis tout à fait d’accord !
C’était Lôrinc qui venait de
parler.
– Je ne pourrais recommander
mieux », gloussa Deianeira entre deux rires.
O
Bàlint ferma les yeux, comme pour
échapper à ce tonnerre de voix qui le désignait comme meneur d’une
mission suicide.
« J’approuve également,
mais la décision finale doit revenir à Ishara. Après tout, c'est elle la
«maîtresse» de Gàbor... »
Marius sourit, fixant
Ishara, visiblement mal à l'aise devant ces paroles au sens ambigu. Il
semblait ravi de l'effet produit.
« Ishara, acceptes-tu que
ton beau serviteur fasse partie de cette glorieuse mission, sous le
commandement de son frère ?
–
J'approuve, bien sûr », glissa-t-elle
dans un souffle.
La réponse d'Ishara fut presque
inaudible à l'assistance. Pourtant, elle résonna aux tympans de Bàlint,
telle une condamnation à mort. Il se rendit soudainement compte que
Glaucus le fixait d’un regard cruel.
Celui-ci s’approcha du Hongrois et lui donna une accolade faussement
amicale.
« J’espère que
vous allez profiter de la soirée, ton
frère et toi. Ça sera sûrement la dernière, lui glissa-t-il à l’oreille.
– Ne t’inquiète pas, on se reverra
après cette bataille », répondit sèchement Bàlint avant de quitter les
lieux à la suite de Lùitgard.
O
Bàlint regardait Glaucus d’un regard
amusé. Il était appuyé contre une colonne, bras croisés sur sa
magnifique chasuble de velours bleu.
« Alors, toujours à épier les gens…
Je vois que tu ne changeras jamais, mon pauvre Glaucus », lâcha-t-il.
Le Romain ne répondit pas, trop
surpris pour répondre quoi que ce fût. Balint était là, devant lui, à
lui parler sur le même ton menaçant que lorsqu’ils s’étaient affrontés
dans la tente de Marius, la veille de la bataille de Telemny. Il y avait
plus de cinq siècles.
Japon,
Village d'Onimura, 28 février 2004, 1h30 (February 27, 4 :30 PM, GMT
+9 :00)
Pavillon Sud
« Non, tu n’es pas réelle… tu ne peux
pas te tenir devant moi ! » Angelo recula contre le mur, l’horreur se
peignant sur son visage alors que ses yeux restaient rivés sur la beauté
brune. « Tu es morte, Salem, il y a des siècles !
– Tu ne croyais tout de même pas
m’échapper, mon ange », rétorqua-t-elle, avant de l’observer des pieds à
la tête. Elle esquissa un sourire pervers. « Hum… Je vois avec plaisir
que tu es toujours aussi séduisant et attirant. Pas étonnant qu’un
succube te prenne pour cible… » minauda-t-elle en passant sa langue sur
ses lèvres.
Un tremblement secoua le jeune
Italien lorsqu’il se retrouva acculer dans un coin de la pièce. Son cœur
battait à tout rompre dans sa poitrine alors que la peur viscérale que
lui inspirait cette femme prenait possession de lui.
« Va-t-en ! Laisse-moi en paix !
cria-t-il sur le ton de la supplique. Laisse-moi vivre ma vie
normalement. Arrête de me torturer !
–Mais mon ange, tu ne seras jamais
normal », Salem susurra-t-elle alors qu’elle tirait un sabre des plis de
sa longue tunique. « Je veillerai d’ailleurs tout particulièrement à ce
que tu restes Masque de Mort… à commencer par maintenant. »
Elle bondit sur lui en poussant un
cri animal. Malgré son état de choc, Angelo eut la présence d’esprit
d’esquiver le coup de sabre et d’attraper le bras armé qui faisait un
moulinet pour frapper une deuxième fois. La fureur s’empara de lui alors
qu’il réalisait qu’il tenait à sa merci celle qui avait été son bourreau
durant des années, transformant l’enfant innocent qu’il était en un
monstre assoiffé de sang. Elle allait payer.
« Je vais te tuer.» La menace avait
été proférée de la même voix rauque que Masque de Mort avait l’habitude
d’employer lorsqu’il donnait le coup de grâce à ses victimes.
Impitoyable, il tordit le bras de son
assaillante, l’obligeant à laisser tomber son arme. Elle se débattit
pour dégager son membre prisonnier, poussant des cris stridents qui
n’avaient rien d’humains. Sans plus attendre, Angelo la lâcha, et
saisissant Salem par le cou, fit craquer les vertèbres d’un coup sec.
Le corps s’effondra à ses pieds,
laissant Angelo haletant, en proie à cette fureur qu’il avait cru à
jamais enfouie, mais qui était toujours au fond de lui, rampante et
prête à s’échapper. Des larmes se mirent à couler sur ses joues alors
que sa colère décrut, et il osa enfin baisser les yeux sur sa victime.
Il recula de surprise lorsqu’il découvrit le visage hideux et
boursouflé, coiffé d’une tignasse verdâtre peu ragoûtante.
« Ce n’était pas Salem ! »
murmura-t-il. Il s’effondra à genoux, sentant en quelque sorte un poids
s’alléger sur son cœur. « Ce n’était qu’une illusion… elle ne reviendra
plus. »
Des bruits de pas dans le couloir le
firent se ressaisir sur le champ. Il se revêtit à la hâte, ramassa le
sabre de la créature et bondit hors de la chambre, bien conscient que
lui et ses compagnons étaient tombés dans un piège. Il devait fuir.
O
Dans la chambre déserte et
silencieuse, l’image vacillante d’une femme vêtue d’un costume masculin
du XVIIème siècle apparut. La même beauté brune qui avait effrayé Angelo
regarda avec amusement le corps sans vie du démon.
« Non, Masque de mort, je ne suis pas
une illusion », susurra-t-elle avant de disparaître.
Pavillon
Nord
Le monstre rugit et fit claquer sa
mâchoire près de son visage. Effrayé, Camus roula sur le côté. Il tenta
de se relever, mais le succube le plaqua au sol, pesant de tout son
poids sur lui.
Camus contempla avec horreur les deux
iris jaunes, la face décomposée et putride de celle qu’il embrassait
avec passion quelques minutes auparavant. Dans un ultime effort, il
parvint à dégager un bras et à saisir le cou de la créature, et serra de
toutes ses forces. De seconde en seconde, la pression sur son corps se
fit plus faible, et Camus put libérer son deuxième bras pour mieux
agripper le cou verdâtre. Il ne faiblit pas, jusqu’à ce qu’il voit les
yeux de son assaillante se révulser, puis tourner dans leurs orbites. La
tête pencha finalement en avant, la langue pendante.
Camus fit basculer le corps sur le
côté, sentant la nausée l'envahir. Il resta plusieurs minutes étendu sur
le sol, tentant de reprendre son souffle et d’assimiler ce qu’il venait
de se passer. Il ne se ressaisit que lorsque des bruits de cliquetis lui
parvinrent des pièces voisines. Il se releva, le cœur battant, et se
rhabilla en hâte. Il allait bondir dans le couloir lorsqu’il remarqua
deux sabres rangés dans leur takonoma. Il se saisit de l’un deux
et le sortit à moitié de son fourreau, admirant un instant la lame
tranchante et brillante. Un éclair passa devant ses yeux, et une vision
lui apparut : lui-même, vêtu d’une armure d’un autre âge qui n’évoquait
en rien celle du Verseau, se tenant à côté d’un homme lui ressemblant
étrangement. Une flèche le transperça, et son corps fut réduit en fumée
dans un embrasement orangé.
Il secoua la tête pour chasser cette
étrange image et rengaina la lame, puis s’empara du deuxième sabre.
« Ça peut toujours
servir… » murmura-t-il.
Il ouvrit doucement la porte
coulissante et s’engagea dans le couloir, vérifiant si d’autres
créatures l'attendaient en embuscade. Mais il était noir et silencieux.
Sa main nerveusement crispée sur le pommeau, il commença à avancer.
Pavillon Est
Shura bondit sur ses pieds et se
heurta au panneau derrière lui. Il n’eut pas le temps de réagir que
l’une des créatures se jeta sur lui. La porte coulissante vibra, puis
céda sous le poids des deux corps. Shura et son assaillante s’écrasèrent
sur le parquet du couloir, dans un fracas de bois cassé et de papier
déchiré. Comme par réflexe, il saisit un des morceaux brisés à côté de
lui, et frappa au visage le succube qui gisait sur lui. Le fragment
s’enfonça mollement dans l’œil droit de la créature, lui arrachant un
bref cri de douleur. Elle retomba sur lui, inerte.
Dans un sentiment de dégoût et de
peur, L’Espagnol repoussa le corps et se remit debout. Dos au mur,
haletant, il scruta avec inquiétude l’intérieur de la chambre,
s’attendant à voir les deux autres démons bondir sur lui. Mais
étrangement, celles-ci avaient disparu.
Shura remarqua soudain que la
créature était armée d’une épée. Il défit le fourreau et dégaina le
sabre, effectuant quelques moulinets pour vérifier qu’il l’avait bien en
main. Il rengaina, rassuré d’avoir une arme pour se défendre. Et
définitivement convaincu qu’il ne pouvait pas rester la plus longtemps,
il s’élança dans le couloir.
Grèce,
Sanctuaire Terrestre, 27 février 2004, 18h30 (February 27, 4 :30 PM,
GMT +9 :00)
« Que fais-tu là ? répliqua Glaucus
d’un ton bourru.
– Je te conseille de me parler sur un
autre ton, Glaucus ! répondit Bàlint, sans se départir de sa morgue.
– Vraiment ? Et qu’est-ce qu’un
vampire de rang inférieur pourrait-il me faire ? » ricana le centurion.
Il s’avança d’un pas décidé sur
Bàlint, les poings serrés, une expression de haine sur le visage. Le
Magyar ne bougea pas, levant simplement une main pour dessiner
d’étranges dessins dans le vide. Glaucus se sentit repoussé en arrière,
comme bloqué par une puissance invisible. Il résista, mais fut
finalement projeté contre un pilier derrière lui. Bien loin de faiblir,
la force le maintint contre la pierre, à quelques mètres au-dessus du
sol.
Bàlint se rapprocha sans se presser
de son ancien rival, secouant la tête en signe de réprobation.
« Non, Glaucus, non ! On ne parle pas
ainsi à son sauveur, ironisa-t-il. Car c’est moi qui vous ai tirés de
votre sommeil, toi et Ishara. C’est mon sang qui t’a ranimé ! Un peu de
reconnaissance, que diable ! »
Bàlint éclata d’un rire franc et
sonore. Glaucus tenta de parler, mais la force s’appliquait également à
son visage : il était incapable d’articuler un quelconque mot.
« Eh non Glaucus, tu ne peux ni
parler, ni bouger. Je lis dans tes yeux que tu te poses beaucoup de
questions à mon sujet depuis quelques minutes, continua-t-il. Par
exemple, comment j’ai pu réchapper à la bataille de Telemny, les raisons
pour lesquelles je t’ai ramené à la vie… et surtout, l’origine de mes
pouvoirs. »
Bàlint avait prononcé ces mots comme
un monologue. Il allait et venait devant le pilier, les bras croisés,
une expression moqueuse sur le visage. Son regard se posa de nouveau sur
Glaucus, alors que celui-ci sentait la pression sur son corps augmenter.
« Commençons par la question la plus
facile : mes pouvoirs... Disons que pendant que tu dormais comme un bien
heureux dans ton cercueil, moi, je combattais sans relâche démons,
vampires, loups-garous, créatures des univers parallèles. J’ai relevé
défi sur défi, combat sur combat, puisant les pouvoirs des ennemis que
je terrassais un à un. »
Bàlint s’interrompit, comme perturbé
par quelque chose. Il leva les yeux vers la voûte de la salle, puis les
ferma. Quelques secondes passèrent, puis la force qui s’exerçait sur le
corps de Glaucus faiblit, et il glissa lentement le long du pilier avant
de s’effondrer à genoux, comme brisé.
Bàlint sortit enfin de sa silencieuse
transe et lui jeta un regard furieux.
« Ishara s’est échappée de ses
appartements. Arrête-la avant qu’elle ne crée des problèmes ! Notre
survie au Sanctuaire Terrestre tient à notre
discrétion ! » ordonna-t-il.
Glaucus posa une main à terre,
esquissant un semblant de révérence, tout en réprimant la colère qui
bouillait en lui. Il haïssait sa position actuelle, si faible. Et plus
que tout, il détestait Bàlint, mais savait qu’il ne pouvait pas le
combattre : sa puissance était désormais redoutable, comparable à celle
de Marius, jadis.
« Oui,
Maître ! répondit Glaucus en inclinant la tête.
–
Parfait, au moins, tu comprends vite, centurion. Maintenant, je te
laisse. Car comme tu le sais... j’ai à faire. » Il se dirigea vers les
appartements privés de Perséphone et se retourna sur le seuil de la
porte. « Glaucus, rattrape Ishara, et ne m’oblige pas à intervenir. Je
suis sûr que tu n’aimerais pas me voir me mettre en colère contre
elle... »
Notes :
Tengu:
Le mot Tengu vient du chinois (T'ien kou) et signifie "Chien céleste".
Dans la plupart de ses représentations (surtout des masques), le Tengu
est décrit comme un être à l'apparence plus au moins humaine, au nez
extrêmement proéminent. Ils sont réputés être les réincarnations de
nobles et de samouraïs qui ont été arrogants et prétentieux, et vivre
dans les montagnes.
Un
succube est un démon légendaire, servant Lilith et prenant la forme de
femme pour séduire un homme durant son sommeil et ses rêves. Leur
pendant masculin est l’incube.
Chapitre
7
/ Chapitre 9
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