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États-Unis, New York, 10 janvier 2004, 4 h (January
10, 8:00 AM GMT–4 :00)
Marine
jeta un regard anxieux à son passager, et se demanda comment le jeune
homme pouvait être encore conscient malgré la quantité de sang qu’il
avait perdu. Elle gara sa voiture le plus près possible de l’entrée des
urgences, et chercha du regard la silhouette familière du docteur Brady
au milieu de l’activité de fourmilière. Elle reconnut le vieil homme sur
le perron, qui surveillait attentivement les allées et venues, attendant
visiblement quelqu’un.
« Aphrodite… Vous m’entendez ? » Le blessé répondit par un faible
gémissement. « Je vais chercher les secours. J’en ai pour quelques
minutes… Ne vous inquiétez pas. »
Un
autre gémissement fit échos à ses paroles. Aphrodite bâtit de la seule
paupière qui n’était pas endommagée, une larme glissant sur sa joue
rougie. Marine se mordit les lèvres et sentit son cœur se serrer devant
tant de souffrance. Elle bondit hors de la voiture et courut en
direction du docteur. Celui-ci, l’ayant également reconnue, descendit
les marches aussi vite que lui permettait sa démarche claudicante.
« Il
est dans la voiture ! » déclara-t-elle en désignant sa Ford. « Il est
blessé au visage et a perdu une grande quantité de sang ! »
« Je
m’en occupe ! » répondit le docteur avant de faire un signe à deux
hommes en blouse blanche. « Docteur Ross ! Docteur Carter ! Blessure au
visage avec perte de sang : amenez le nécessaire ! »
Les
deux hommes se précipitèrent à l’intérieur de l’hôpital tandis que le
docteur ouvrait la porte de la Ford et auscultait le blessé pour un
premier diagnostic. Les deux médecins reparurent avec une civière et une
large boîte métallique, accourant auprès du docteur pour le seconder. Un
peu hébétée par ce qu’elle avait pu voir durant cette dernière heure, et
amère de son échec, Marine les observa sans bouger alors que les trois
hommes déposaient délicatement Aphrodite sur la civière. Elle ne reprit
ses esprits que lorsque les trois médecins passèrent devant elle, et
qu’elle comprit que l’ancien chevalier avait perdu connaissance.
« Je
dois y aller », annonça-t-elle au vieux docteur. « Je dois sauver Pema
Thorkmay.
–
Inutile, vous ne le sauverez pas », répondit le docteur, la saisissant
par la manche alors qu’elle faisait mine de retourner dans son
véhicule. « Il est déjà soigné dans cet hôpital. Je crains que vous ne
soyez arrivée trop tard. Ou devrais-je dire… que leurs bourreaux aient
été plus rapides que les envoyés de l’Ordre d’Ermengardis.
–
Non ! » Marine secoua la tête, refusant de se soumettre à la réalité.
« Non ! Je suis venue le sauver, et je le sauverai !
–
Marine… Il est en chambre 401. Venez avec moi », insista le docteur
Brady en lui montrant le chemin.
La
jeune femme aurait aimé protester, mais elle obtempéra, se laissant
gagner par le défaitisme. Elle avait besoin de voir la deuxième victime
de ses yeux pour admettre la vérité en face : elle, l’ancienne femme
chevalier de l’aigle, avait échoué dans sa tâche à protéger des
innocents. Pour la première fois depuis son entrée à l’Ordre
d’Ermengardis. Mais qui pouvaient être ces deux cavaliers de
l’apocalypse, ces bras armés de la grande faucheuse, pour assassiner à
travers le monde des jeunes gens dans des temps défiant toutes les lois
de la physique quantique ?
« C’est par là.
–
Oui. »
Marine
abandonna pour un temps toutes ses interrogations et se laissa guider
par le docteur Brady. Tous les deux empruntèrent un monte-charge, dans
l’indifférence totale des internes, occupés à soigner les blessés de la
nuit.
Brady
appuya sur le bouton du quatrième étage avant de se retourner vers
Marine.
« Thorkmay
est assez gravement blessé : traumatisme crânien, fractures des côtes et
du bras droit. Nous l’avons mis sous sédatif : il est complètement sonné
et ne pourra répondre à aucune de vos questions. »
Marine
acquiesça d’un air désolé.
« À
votre avis, l’échange d’âmes... A t’il eu lieu ? »
Le
docteur remonta ses lunettes qui glissaient inexorablement sur son nez.
« Si
j’en crois ce que les urgentistes m’ont raconté… Thorkmay a affirmé
s’appeler Mu de Jamir avant de perdre connaissance. »
Marine
baissa la tête, se sentant vaincue.
Ils
pénétrèrent à pas feutrés dans la chambre. Le blessé reposait sur son
lit drapé du blanc aseptisé des hôpitaux, dans un silence que seul
venait troubler le bruit de machines. Il portait des bandages au buste
et à la tête.
Marine
s’approcha doucement du patient et soupira, à demi surprise de constater
l’incroyable ressemblance de Pema Thorkmay avec Mu du Bélier. Garn
Olgers lui-même était le portrait craché du chevalier des Poissons.
« Ils ont
été
choisis pour leur ressemblance », songea-t-elle en dévisageant le
malade qui l’observait. Mu de Jamir venait de revenir à lui et la
contemplait de ses grands yeux bleu-violet.
Australie, Sydney, 10 janvier 2004, 20 h 30
(January
10,
9:30 AM
GMT +11:00)
Aison
Kheiron planta vigoureusement sa planche de surf dans le sable, et
entreprit de se débarrasser de sa combinaison. Il se sentait comme
dégrisé, apaisé après sa chevauchée fantastique sur les vagues noires du
Pacifique. Bien sûr, ce n’était pas très intelligent de sa part de faire
une virée après le coucher du soleil, étant donné que les risques
d’attaques de requins sont bien plus importants après la tombée de la
nuit. Mais après tout, il en avait besoin. Il avait ressenti
physiquement l’appel de l’élément liquide alors qu’il s’ennuyait ferme
dans son appartement de Sidney, en ce dimanche ensoleillé de janvier.
Il
avait passé sa journée de repos à fixer le plafond, ses pensées se
partageant entre sa petite amie et son activité professionnelle de
pompier-secouriste. Dans les deux cas, celles-ci n’étaient pas très
gaies. Sa chère et tendre avait rompu une semaine auparavant, arguant
qu’elle ne pouvait plus supporter le rythme de travail d’Aison, dérangé
aussi bien le jour que la nuit pour des urgences. Aison avait beau se
dire qu’il n’avait que vingt-six ans, qu’il en « trouverait une autre »,
qu’après tout ils ne sortaient ensemble que depuis un an, cela ne
faisait jamais plaisir de se faire plaquer.
Plus
préoccupant était le malaise grandissant qu’il éprouvait envers son
activité de secouriste. Aison s’était engagé dans le corps des pompiers
de Sydney il y a quatre ans, avec la conviction qu’il devait aider son
prochain, surtout si celui-ci se trouvait en difficulté. Mais après
quatre années passées sur le terrain, à côtoyer mutilés de la
circulation routière et grands brûlés, il commençait à se demander s’il
n’était pas temps de changer de voie. Il se sentait de plus en plus
malade d’être le témoin parfois impuissant de tant de douleur et de
mort.
Au
bord de l’étouffement, Aison avait sauté dans son Harrier, sa planche de
surf sur le toit, et était parti à Palm Beach. Il s’était arrêté à
Barrenjoey Head, la zone non surveillée de cette célèbre plage du South
Wales.
Aison
avait ôté le haut de sa combinaison lorsqu’il se dit qu’un peu de
musique et une cigarette ne seraient pas de refus. Il attrapa son paquet
de Winfield et son briquet dans son jeans, et mit le premier CD qu’il
trouva sur le siège arrière. Un bruit de vitre brisée se fit entendre,
puis les sons de guitare métallique et les hurlements du chanteur
s’élevèrent dans la nuit.
«Sometimes
I
need to remember just to breathe
Sometimes I
need to stay away from me
...¹»
Aison
baissa le son. Il n’y a avait personne en vue sur la plage, mais il
savait que des voitures de police patrouillaient fréquemment dans le
coin. Il n’avait pas envie de risquer une amende pour tapage nocturne.
Il s’assit à côté de sa voiture, et alluma une cigarette. Une première
bouffée le détendit. Ses yeux se posèrent sur l’île du Lion, perçant la
surface de l’eau telle la canine d’un félin. Aison tira de nouveau sur
le cylindre de tabac et poussa un soupir de contentement.
Soudain, devant lui, le sable se mit à tourbillonner et forma bientôt
une colonne à la vitesse de rotation impressionnante. Aison se leva d’un
bond, craignant que celle-ci ne s’approche de lui et de son véhicule.
Contre toute attente, le tourbillon resta sur place, et sa violence
décrût progressivement. C’est avec stupéfaction qu’Aison vit se découper
une silhouette féminine au travers des volutes beiges. Il devinait
également une longue chevelure brune et ondulée, et une robe dont les
voiles flottaient au gré des tumultes du vent. Puis la colonne se
désintégra, et Aison put contempler la jeune femme dans toute son
étrange beauté. Son teint était blanc, rehaussé de magnifiques yeux d’un
étonnant bleu vert, et d’une bouche au dessin exquis. Ses cheveux noirs
retombaient gracieusement sur ses épaules et le long de ses flancs,
jusqu’à la taille. Sa robe noire épousait merveilleusement les formes de
son corps mince et élancé. Elle tenait serrée contre sa poitrine une
amphore en or.
Aison
était pétrifié de peur et d’étonnement, et en même temps, comme
ensorcelé par cette vision. La jeune femme lui tendit une main blanche
et effilée, puis s’adressa à lui d’une voix flûtée :
« Viens à moi, Aiolia, chevalier du Lion. »
O
Glaucus contempla avec mépris sa victime revenir doucement à lui, et
rejoignit Ishara, qui dansait sur la plage, l’amphore serrée contre la
poitrine.
« Maîtresse, nous pouvons y aller », murmura Glaucus en s’inclinant.
« Où ?
Où devons-nous nous rendre ? » demanda Ishara sans s’arrêter de tourner
sur elle-même.
« La
mission, vous vous rappelez ? Nous devons nous rendre en Chine
maintenant. »
Ishara
interrompit sa danse. Son regard plongea dans celui de son compagnon,
comme à la recherche de ses souvenirs qui lui échappaient.
« Sonam… Kalsang ?
– Oui,
maîtresse.
–
Quittons cet endroit ! »
Glaucus soupira de soulagement ; Ishara semblait être redevenue un tant
soit peu à la raison.
O
Aiolia
avait envie de hurler de douleur, mais sa bouche resta désespérément
muette. Il avait l’impression que son corps était empli de braises et
aurait volontiers aimé qu’on lui fendît la poitrine pour les lui en
retirer. Et ce bruit strident, qui lui vrillait le cerveau ! Était-il en
enfer ? Était-ce un nouveau supplice que les dieux lui infligeaient pour
le punir de s’être dressé un jour contre eux ? Il ouvrit malgré tout les
yeux, et vit un magnifique ciel étoilé. Il comprit ce qui était en train
de lui arriver : il avait de nouveau une enveloppe charnelle. Mais à qui
appartenait-elle ? Comment et pourquoi était-il revenu ? Ces questions
se mirent à tourner dans la tête, accentuant la douleur créée par le
bruit et ses blessures.
Cette
douleur devint vite insupportable : la vision d’Aiolia se brouilla, et
le vacarme cessa enfin.
Hongkong, 10 janvier 2004, 19 h 30
(January
10, 11:30 AM GMT+ 8:00)
Thétis
soupira, fixant la porte en verre qui faisait barrière entre le quai et
la navette menant au centre de Hong Kong. Elle détestait attendre les
transports en commun. Non, en fait, elle détestait être tributaire des
moyens de transports qu’utilisaient les simples mortelles, elle qui
possédait le pouvoir nécessaire pour se déplacer à la vitesse du son.
D’un autre côté, elle officiait comme agent d’Ermengardis depuis
suffisamment longtemps pour juguler sa colère et mener à bien ses
missions sans avoir recours à ses pouvoirs de Marinas.
« La
navette pour Central Hong Kong arrivera dans deux minutes », annonça un
haut-parleur d’une voix aseptisée.
Thétis
en profita pour sortir son organiseur, vérifiant rapidement les noms des
deux jeunes hommes qu’elle devait sauver coûte que coûte : Sonam Kalsang
et Thian Wan Li. L’un habitait sur l’île de Hong Kong, le second à
Macao.
« Quelque chose me dit qu’il va falloir faire fi des ordres et recourir
à d’autres méthodes plus radicales », murmura-t-elle en tirant son
téléphone de sa poche. Elle rechercha un numéro dans son organiseur
qu’elle composa immédiatement. « Lieutenant de police Wong ? Helena
Sorenthen à l’appareil », annonça-t-elle avec assurance à son contact,
utilisant son vrai nom.
« A votre service, Miss Sorenthen.
–
Avez-vous retrouvé les deux cibles ?
– Non.
Mais nous savons où les trouver. Kalsang est injoignable, car toujours
en réunion, mais nous comptons l’intercepter dès qu’il sortira de son
immeuble. Quant à Wan Li, nous recherchons toujours l’adresse exacte de
son atelier. »
Thétis
fronça légèrement les sourcils, un peu contrariée par le rapport de son
homologue hongkongais. La navette arriva en trombe dans le tube de
cristal et s’arrêta dans un léger crissement d’essieux.
« La
navette vient d’arriver. Je vous retéléphone dès que j’arrive à la gare
de Central.
– Très
bien, je vais essayer de faire avancer l’enquête d’ici là », promit le
policier avant de raccrocher.
Thétis
rangea son téléphone et son organiseur dans son sac et prit place dans
la navette, son esprit déjà préoccupé par les actions qu’elle aurait à
mener sur le terrain.
Japon,
Quartier Général d'Ermengardis, 10 janvier 2004, 21h10
(January
10, 00 :10 PM GMT+9 :00)
Main
crispée sur le combiné, James attendit que la jeune femme terminât son
rapport pour lui donner ses consignes.
« Très
bien ! Assure-toi qu’il ne court plus aucun danger. Ne laisse personne
l’approcher, mis à part des collaborateurs en qui tu as pleine
confiance. »
James
raccrocha le téléphone et se tourna vers Eleny.
« Shina a retrouvé le Cancer et vient de me confirmer la même chose que
Marine : les victimes sont choisies pour leur ressemblance physique avec
les anciens chevaliers d’or.
– Un
rituel des prêtres de Babylone... Mais qui peut bien avoir les pouvoirs
d’effectuer un tel rituel de résurrection ? » murmura Eleny, comme si
elle s’interrogeait à voix haute.
Hongkong,
10 janvier 2004, 21 h (Jan.10, 1:00 PM GMT+8:00)
Le grand écran de Central clignotait de mille feux,
retransmettant un défilé d'une marque de haute couture, riche en
couleurs et en formes étranges. Sonam Kalsang tapa du pied d’impatience,
attendant que le feu piéton passe au vert. Il leva les yeux vers
l’écran, et songea qu’il fallait être tordu pour imaginer des
accoutrements pareils. Un tram bondé cacha momentanément le défilé, puis
le feu piéton repassa au vert. Sonam courut pour traverser, et sans
ralentir le pas, se dirigea vers Lan Kwai Fong, le quartier des bars. Il
n’avait pas envie de faire attendre davantage son invitée !
Sonam était de nationalité anglaise, mais ses origines
étaient tibétaines de par sa mère. Élevé en Angleterre, il ne
connaissait rien de sa patrie, le Tibet, ou tout au moins, le minimum,
et ne s’était jamais préoccupé d’y retourner. Il avait vécu dans de
nombreux pays d’Europe et d’Asie, et depuis deux ans, occupait un haut
poste dans la succursale d’une banque suisse, à Hong Kong. Ce
travailleur infatigable ne comptait pas les heures passées au bureau,
mais savait également se détendre le week-end, et pratiquait
régulièrement plusieurs sports. D'assez grande taille il arborait un
physique avantageux et une forme olympique, ce qui le faisait énormément
remarquer de la gent féminine. Il avait d’ailleurs décidé ce soir-là de
sortir avec une de ses « admiratrices » et collègue, Diana Liu, qui
avait insisté pour prendre un verre et ensuite dîner dans un restaurant
espagnol à la mode de Lan Kwai Fong. Il fallait bien profiter de la vie
de temps en temps…
Sonam
desserra sa cravate en soupirant. Il avait couru et il sentait sa
chemise lui coller à la peau. Rien de pire que d’arriver en sueur à un
rendez-vous galant ! Il s’engagea toujours d’un pas rapide dans une
ruelle bordée de petits magasins, dont les stores métalliques étaient
déjà baissés. Il n’y avait que lui dans la rue et seuls ses pas
résonnaient sur la pierre. Pourtant, il avait la vague impression d'être
suivi. Il ralentit et se retourna pour vérifier, mais il n’aperçut
personne. Rassuré, Sonam reprit son chemin.
O
« Déployez-vous à droite. Moi, je vais à gauche », Thétis ordonna au
lieutenant Wong et à ses trois policiers. « Silence radio jusqu’à ce que
je vous contacte, ou que vous trouviez la cible ou les agresseurs
potentiels. Pas de contact direct de votre part, c’est trop dangereux.
– A
vos ordres, madame. »
Les
quatre policiers partirent au pas de charge dans la direction qui leur
avait été désignée, tandis que Thétis inspectait avec attention la rue
où elle avait décidé de s’engager : celle-ci n’était pas éclairée,
seulement habitée par le brouillard nauséabond provenant des vapeurs
d’égouts.
Il lui
semblait pourtant distinguer une ombre marcher au loin…
O
Sonam
Kalsang se retourna, ayant une nouvelle fois l’impression qu’il était
suivi. Le brouillard se répandait de plus en plus dans la rue, rendant
l’atmosphère lugubre et inquiétante. Un vague sentiment d’insécurité le
saisit, et il se prit à accélérer le pas, voir presque courir. Un bruit
fracassant le fit sursauter : le rideau en fer de l’échoppe voisine
s’était relevé brusquement, révélant dans l’obscurité des étalages
d’objets en porcelaine.
« Qui
est là ? Qu’est-ce que vous me voulez ?»
Le
cœur battant, Sonam s’approcha de la façade ouverte du magasin puis
recula lorsqu’il remarqua que quelqu’un se déplaçait au fond de la
boutique. Il cligna des yeux, tentant d’ajuster sa vision à la pénombre,
et vit qu'une femme s’avançait vers lui. Comme paralysé, il ne bougea
pas. Il laissa la distance se réduire entre lui et la jeune inconnue, et
put enfin contempler en pleine lumière son étrange beauté.
« N’aie crainte : tu auras juste un peu mal au début », assura-t-elle en
tendant une main blanche vers lui.
Sonam
recula, le cœur assailli par un brusque sentiment de terreur. Il se
heurta à une sorte de mur et se retourna. Un coup de poing lui coupa le
souffle et il fut projeté en arrière dans la boutique. Il s’effondra au
milieu des tréteaux dans un bruit de porcelaine cassée.
O
Glaucus contemplait l'homme qui était étendu à ses pieds. Son ouïe
aiguisée lui permettait d’entendre le sang bouillonner dans ses veines
et reprendre progressivement une circulation plus lente. En temps
normal, il aurait goûté sans retenue à ce précieux liquide. Mais la
mission lui en interdisait. Il regarda sa maîtresse avec une expression
d’inquiétude mêlée de tristesse alors que la femme vampire dansait avec
son amphore, fredonnant doucement une comptine du 18e siècle. « Elle
était restée lucide jusqu’à présent… mais la folie la gagne de
nouveau »,
songea- t-il avec regret.
Le
centurion se releva sans un regard pour la victime et s’approcha
d’Ishara.
« Maîtresse ! »
La
femme vampire leva son visage vers lui, lui jetant un grand regard
interrogateur.
« Je
vous tiens ! »
Le
hurlement était vindicatif, la voix féminine et la vitesse à laquelle
l’intruse s’approchait d’eux, totalement surnaturelle. « Un
chevalier ? » s’interrogea Glaucus.
La
réponse pouvait attendre, décida-t-il alors que la femme bondissait sur
eux. Glaucus saisit Ishara par un poignet et les téléporta loin de la
blonde furie.
O
Thétis
glissa sur les pavés graisseux sur un ou deux mètres avant de pouvoir
stopper son élan. Elle se retourna, scrutant attentivement le théâtre
des événements : les deux agresseurs s’étaient évanouis dans les airs,
laissant la victime échouée sur le trottoir d’un magasin dévasté.
« Ils
sont capables de téléportation », conclut-elle avant de s’approcher du
blessé. Elle s’agenouilla et vérifia rapidement son pouls : l’homme
était bel et bien en vie. Tirant son téléphone de sa poche, elle rameuta
ses complices.
« Miss
Thorenson ! » Wong cria lors que lui et ses policiers accouraient,
« Nous sommes arrivés trop tard ! » Le lieutenant de police s’agenouilla
à son tour et imita le geste de la jeune femme. « Et maintenant, quels
sont vos ordres ? Que faisons-nous de Kalsang ?
–
Appelez une ambulance et transférez-le à la clinique privée que je vous
ai indiquée », Thétis répondit en se levant. Elle s’éloigna des
policiers et s’engagea dans une petite ruelle. « Et juste une
précision : ce n’est plus Sonam Kalsang qui gît à terre. Son nom est
Sion, chevalier d’or du Bélier.
– Miss
Thorenson… Où allez-vous ? Vous ne nous accompagnez pas jusqu’à la
clinique ? »
Le
lieutenant Wong n’obtient aucune réponse, pour la seule et unique raison
que l’ancienne Néréide avait déjà quitté les lieux.
Moins
d’une minute plus tard, Thétis se trouvait sur le quai Victoria, non
loin du ponton d’embarquement des bateaux à destination de Macao. Par ce
moyen de locomotion, il fallait au moins une heure et demie pour rallier
l’ancienne colonie portugaise.
« Cette fois-ci, il n’y a pas de discrétion qui tienne », murmura-t-elle
avant de plonger dans l’élément qui jadis fut le sien.
Macao
- 10 janvier 2004, 21 h 10 (January
10, 1:10 PM GMT +8 :00)
À cet
instant, Thian Wanli caressait amoureusement un meuble chinois,
vérifiant la texture de sa couche vernie, ignorant du danger qui
s'approchait de lui...
Égypte, Le Caire, 10 janvier 2004, 15h20 (January
10, 1:20 PM GMT+2 :00)
Sirène
de Sorrente posa le pied sur la dernière marche à moitié brisée de
l’escalier, prenant le temps d’observer la chambre mortuaire qu’il
venait d’atteindre. La pièce était vaste, séparée en blocs par des
murets se suivant en vagues successives et colorées de différentes
teintes de rouges et d’ocres. La tombe principale, trônant au milieu de
ce labyrinthe, ressemblait à une maison à toit plat. Adjacente à
celle-ci un mur ancien tenait encore vaillamment debout malgré sa
structure en torchis lacérée par le temps, les infiltrations et
certainement les hôtes des lieux.
Un
bruit de mastication parvint aux oreilles de l’ex-Général des Mers, dont
l’ouïe avait été aiguisée par des années d’entraînement et le
développement de ses pouvoirs. Il avait enfin découvert la tanière des
monstres qu’il pourchassait depuis des semaines dans ce vieux quartier
pouilleux du Caire. Il avança silencieusement, faisant attention de ne
pas déplacer ne serait-ce qu’un caillou à chaque fois qu’il posait le
pied à terre. Ces créatures, habituées à vivre dans les caves et réseaux
souterrains de la ville, étaient aveugles, mais avaient compensé la
perte du sens de la vue par le développement de celui de l’ouïe. De
vieilles légendes européennes racontaient que les goules étaient
capables d’entendre le battement d’ailes d’un oiseau à plusieurs
kilomètres.
S’approchant suffisamment près du muret pour voir ce qu’il se trouvait
derrière, il grimaça de dégoût. Les deux monstres grisâtres étaient en
plein festin, l’une s’appliquant à rogner le bras de la victime, l’autre
fouillant avec une avidité répugnante ses entrailles. Les yeux vitreux
de la proie abattue étaient grands ouverts, fixés sur Sorrente, et un
sillon humide finissait de sécher le long de sa joue. Le jeune homme
frémit à l’idée que la femme était encore en vie lorsque les goules
avaient commencé à la dépecer. Mais l’heure n’était pas au
sentimentalisme : il était descendu jusqu’ici pour les éliminer et
s’assurer que l’horreur s’arrêterait ici.
Toujours sans bruit, il tira sa flûte qui était accrochée à sa ceinture
et la porta à ses lèvres. Les témoignages qu’il avait pu recueillir dans
les rues du quartier décrivaient tous six prédateurs. Ce qui signifiait
que les quatre autres membres de la meute se cachaient non loin de là,
dormant ou vaquant à quelque morbide occupation. Un détail en rien
fâcheux : sa musique leur parviendrait tout de même, et aurait les mêmes
effets mortels que si les goules se trouvaient à proximité.
« Bzz ! » La vibration discrète mais néanmoins insistante de son
téléphone le fit légèrement sursauter. Les goules quant à elles
abandonnèrent leur repas et sautèrent sur le mur, toisant Sirène de
leurs yeux opaques. Le jeune homme porta machinalement la main à sa
poche, fouilla rapidement dedans et trouvant le bouton d’arrêt du
portable, coupa court au ronflement.
« Grossière erreur,
songea-t-il. La prochaine fois, je le laisse à
l’hôtel ! »
Derrière lui, un grondement sourd l’avertit que le reste de la meute
était arrivé et qu’il était en passe d’être encerclé. Ne cédant pas à la
panique et usant de son agilité de félin, il s’écarta du cercle formé
par les six prédateurs juste à temps pour voir deux goules bondir et se
télescoper à l’endroit où il se tenait quelques secondes auparavant. Les
deux monstres rugirent de frustration, aussitôt relayés par leurs
congénères.
« Il est temps de mettre frein à vos odieuses battues ! »
Douce
et mélodieuse, les premières notes de sa flute enchantée emplir le
silence de la tombe royale, jusque là troublé seulement parmi le crime
des victimes des goules. Celles-ci hurlèrent de douleur, portant les
mains à leurs oreilles d’où s’échappait déjà un sang noir et épais. Une
à une, elles s’écroulèrent dans la poussière, gigotant comme des vers de
terre mis à nu à la lumière du soleil. Sirène ne cessa de jouer que
lorsque le corps de la dernière goule s’immobilisa et qu’une flaque de
sang commença à se former autour de son visage, saignant par tous les
pores.
« Justice est faite », murmura-t-il. Sorrente s’approcha de la victime
et s’agenouilla à ses côtés. Une larme coula sur sa joue alors qu’il lui
fermait les yeux. « Je suis désolé de ne pas les avoir arrêtées à
temps. »
L’ancien Général se releva, conscient qu’il ne pouvait pas rester là à
se lamenter. Sa mission ici était accomplie : quelque part ailleurs dans
le monde, une autre l’attendait. Il se rappela alors de son portable et
le tira de sa poche ; sur l’écran, il lut que son appelant n’était autre
que James Gladstone.
« Grand Maître, en quoi puis-je vous aider ? » demanda-t-il sitôt le
numéro rappelé.
« Sirène, tu es au Caire, n'est-ce pas ?
– Oui,
effectivement. Je viens de m’acquitter de la tâche que vous m’aviez
attribuée. Auriez-vous une autre mission à me confier ?
– Ce
que je vais te raconter risque de ne faire aucun sens pour toi, mais il
va falloir que tu retrouves au plus vite deux archéologues. Deux frères
qui travaillent dans la Vallée de Louxor : Salmakis et Aigis Gregoriades… »
Macau - 10 janvier 2004, 21 h 20
(January
10, 1:20 PM GMT+8:00)
Thian
Wanli s’agenouilla près du placard en escalier et caressa la surface de
l’un des tiroirs. Une entaille dans le bois se révéla sous son toucher.
Il soupira : cet article ne partirait pas dans l’expédition, il était
invendable. C’était la deuxième pièce qu’il trouvait avec une telle
égratignure. Il dirait un mot à la fabrique dès le lendemain matin !
À
trente-et-un ans, Thian Wanli était le patron d’une société
d’import-export de mobilier chinois à Macao. Le marché était florissant,
la petite île étant connue dans le monde entier pour ses meubles chinois
de bonne qualité et aux prix défiant toute concurrence. Originaire de
Wangzu, en République Populaire de Chine, Thian avait d’abord tenté sa
chance à Hong Kong, puis après un court voyage à Macao, avait décidé de
se lancer dans cette branche du commerce. La suite lui avait donné
raison et l’avait encouragé à travailler encore plus d’arrache-pied.
Thian
barra d’une croix le numéro du meuble endommagé sur la liste de
colisage, puis s’approcha du bureau voisin, pour lui faire subir la même
sévère vérification qu’aux autres objets de la pièce. Un crissement
sinistre le fit pourtant se retourner. Il ne vit personne, mais eut
l’impression que quelqu’un l’observait.
« Il
y a quelqu’un !? » Aucun son ne fit écho à sa voix. « Je dois être un
peu fatigué », se murmura t’il à lui-même.
Il
secoua la tête en soupirant et se concentra sur le meuble devant lui.
De
nouveau, le crissement se fit entendre. Thian se retourna immédiatement
et découvrit avec étonnement une jeune femme, couchée sur le dos, sur
une commode en laque rouge. Ses longs cheveux noirs ainsi que sa robe
étaient répandus autour d’elle. Elle avait levé un bras, sa main tentant
d’attraper un objet chimérique au-dessus d’elle, tandis que de son autre
main, elle tenait une amphore serrée contre sa poitrine.
«
Mais qui êtes-vous ? Descendez de ce meuble tout de suite !» hurla Thian,
furieux.
Il
allait faire un pas, et se diriger vers la jeune femme avec la ferme
intention de la déloger du précieux meuble, lorsqu’un coup porté à son
dos le propulsa en avant.
Thian
se heurta violemment à petit guéridon, qui céda sous la violence du
choc, et s’écroula dans un grand fracas.
O
Glaucus s’approcha du Chinois, qui gémissait de douleur et cherchait son
souffle. Il contempla le corps qui se raidissait, les yeux qui
s’embrumaient. Un dernier spasme secoua le jeune homme et il perdit
connaissance. Le centurion observa discrètement Ishara : celle-ci était
toujours couchée sur la table et agitait sa main au-dessus d’elle. Elle
ponctuait son amusement de petits cris de joie.
« Maîtresse Ishara, je vous en prie ! »
Glaucus s’approcha d’elle et lui offrit sa main pour l’aider à descendre
de son terrain de jeu. Ishara sourit et accepta l’invitation de Glaucus.
Une fois debout, elle regarda en direction du corps et mit sa main
devant sa bouche, comme ébranlée par le spectacle.
« Douleur, et souffrance, à chaque regard que je jette... A chaque geste
que je fais ! »
Elle
marcha lentement jusqu’au jeune Chinois, l’air toujours bouleversé. Elle
posa l’amphore près du visage de Thian et ôta le bouchon. Aussitôt, des
volutes s’en échappèrent et vinrent virevolter autour du visage
commotionné. Ishara caressa les cheveux noirs du Chinois, tout en
murmurant les paroles énigmatiques du rituel. Les volutes disparurent.
Les psaumes d’Ishara cessèrent également.
Elle
regarda la figure endormie et posa un baiser sur une joue.
« Écartez-vous de lui ! »
O
Glaucus s’effaça derrière le mur qui séparait l’atelier en deux.
« C’est la fille qui est intervenue à Hong-Kong », se rappela-t-il.
La bouche du centurion se tordit en un petit sourire satisfait alors
qu’il réalisait que la blonde inconnue ne pouvait pas l’avoir vu depuis
l’endroit où elle se tenait. Toute son attention se concentrait sur
Ishara, qui reculait prudemment dans la deuxième partie de la pièce.
« Qui
es-tu, jeune impudente, pour élever la voie contre un Grand Ancien ? »
Ishara demanda d’une voix contrariée. L’apparition de la perturbatrice
avait vraisemblablement mis un terme provisoire à sa démence.
« Je
suis Thétis, membre de l’Ordre d’Ermengardis et ancien Marinas aux
ordres de l’Empereur Poséidon », rétorqua la jeune femme avec une
arrogance qui fit presque ricaner le Romain.
Il se
garda pourtant de faire un quelconque bruit. Ishara venait de passer
devant lui, continuant à reculer dans la deuxième partie de l’atelier.
Ses pupilles se fixèrent furtivement sur son complice, mais la femme
vampire ne laissa rien paraître.
« L’Ordre d’Ermengardis… une vieille connaissance », Ishara rétorqua
d’un air amusé. « Quel que soit le siècle, force est de constater que
vous arrivez toujours en retard pour nous arrêter », ajouta-t-elle, son
regard pointant vers le jeune Chinois.
Cette
insulte voilée eut l’effet attendu : la jeune femme avança d’un pas
résolu vers Ishara. La seconde où son profil se dessina devant lui,
Glaucus abattit son poing de toutes ses forces, faisant voler en arrière
l’envoyée de l’Ordre, qui s’écrasa au sol quelques mètres plus loin. Le
coup avait été assez fort pour l’assommer.
« Remarquable ! » s’extasia Ishara en s’agenouillant aux côtés de
l’intruse. Elle caressa une mèche blonde qui barrait le visage de la
jeune femme. « Elle est jolie.
–Maîtresse, nous devrions nous en aller. Notre mission n’est pas encore
terminée.
–Je le
sais, Glaucus », répondit la femme vampire. Elle adressa un sourire
carnassier à son complice. « Mais avant de partir, je suis d’avis de
laisser un petit souvenir à cette jeune effrontée. »
O
Thétis
revint à elle avec une migraine si violente qu’elle faillit perdre de
nouveau connaissance. Une fois le vertige passé, elle se releva
lentement en prenant appui sur une commode en escalier. La tête lui
tourna de nouveau, l’obligeant à s’agenouiller. Reprenant son souffle,
elle sentit une brûlure dans son cou. Elle toucha la zone douloureuse ;
ses doigts effleurèrent deux entailles rondes et un liquide chaud et
poisseux. Relevant la tête, elle posa son regard sur la pitoyable
réflexion que lui renvoyait un miroir. Outre la trace du coup qui
laissait une grande plaque rouge sur son front, une large tâche rouge
souillait son coup et son corsage.
« Mordue… J’ai été mordue par un vampire », réalisa-t-elle, sentant
l’humiliation prendre le pas sur la douleur. Elle déglutit avec
difficulté, contenant des larmes de hontes prêtes à s’échapper.
« Pourquoi… »
Thétis
tourna son regard vers le jeune homme couché à terre qui venait de
parler. Elle balaya la larme qui glissait le long de sa joue et se força
à se relever. Il n’était pas encore temps pour elle de se plaindre ou de
s’apitoyer sur son sort. Si elle n’avait pu empêcher les vampires
d’accomplir leur méfait, elle devait secourir la victime.
O
Dohko
suffoquait littéralement. Il sentait le sang circuler anormalement vite
dans ses veines, comme les flots d’un torrent en colère. Sa respiration
était également laborieuse, l’air semblait écorcher ses poumons à chaque
respiration.
« Un corps ! Je me trouve dans un corps humain ! »
Par
quel miracle, il l’ignorait, mais il était bel et bien vivant ! Il tenta
de se relever, mais un lancement incroyable à l’épaule lui arracha un
cri de douleur. Il tourna sa tête avec précaution, son cou étant aussi
douloureux que les autres parties de son corps, et vit un bout de bois
de la commode enfoncé dans son omoplate gauche. L’image de cette
blessure sanguinolente sembla aggraver encore son malaise. Ses oreilles
se mirent à bruire, sa vision à s’obscurcir.
« Restez éveillé, Dohko, restez éveillé... » Une voix féminine lui
parvint, l’exhortant à lutter contre l’évanouissement.
En
vain, il ne put empêcher sa conscience de l'abandonner.
Japon, Quartier Général d'Ermengardis, 10 janvier 2004, 22 h 40 (Jan.10,
1:40 PM GMT+9:00)
Le
téléphone sonnait avec obstination dans le bureau vide de James.
Celui-ci, sorti dans le couloir pour donner des ordres à ses gardes,
pénétra dans la pièce et décrocha le combiné.
« James Gladstone ! » répondit-il, sans même prendre la peine de
demander qui était au bout du fil. Seules dix personnes dans le monde
connaissaient ce numéro.
Son
visage devint encore plus crispé qu’il ne l’était au fur et à mesure que
son interlocuteur délivrait ses explications.
« Renforcez la garde ! Que personne ne s'approche de l'atrium ! »
ordonna-t-il.
Il
raccrocha le combiné d’un geste sec.
Eleny
entra à son tour dans le bureau et s’arrêta sur le palier en voyant le
visage grave de son compagnon.
« Que
se passe t’il ? demanda t’elle d’une voix inquiète.
– Le
tombeau des Anciens a été profané... Ishara et Glaucus ont été tirés de
leur sommeil. »
O
Eleny
recula, comme si une flèche l’avait atteinte en plein cœur. En quelques
secondes, les événements précédents sa mue en vampire défilèrent devant
ses yeux ; son enfance dans le château de Cornouailles, sa première
rencontre avec Ishara et Deianeira, le meurtre de son père par ces deux
monstres. Sa transformation par Deianeira, puis son propre enterrement
... Son réveil suivi de sa première mise à mort... Son passé lointain
et si peu glorieux lui était revenu en plein visage, la faisant
chanceler sous le poids des remords.
James
s’approcha d’elle et posa sa main sur son épaule.
« Eleny, est-ce que tu vas bien ?
–
C’est Ishara qui pratique le rite de résurrection de l’Ancienne
Babylone ! »
Eleny
ferma les yeux. Un voile s’était comme levé sur une partie de sa
mémoire. Elle se souvint : Ishara, l’amie et complice de sa créatrice,
Deianeira, était une princesse de l’ancienne Babylone.
¹
“Don't stay”,
Linkin Park, Album Meteora, WB
Chapitre
2 / Chapitre 4
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